Philip Larkin a localisé la révolution sexuelle britannique en 1963, « Entre la fin de l’interdiction de Chatterley / Et le premier LP des Beatles ». Jusqu’à ce moment décisif, le sexe pour les populations réprimées de ces îles ne signifiait qu’« une querelle pour l’anneau » et « une honte qui commençait à seize ans » ; alors qu'après, « chaque vie est devenue / Une brillante faillite ». Le fait que Larkin, alors au début de la quarantaine, ait estimé que cela était arrivé « plutôt tard » pour lui personnellement ne l’a pas empêché de nommer l’année Annus Mirabilis.
L’année 1963 marque également l’arrivée de l’historien social David Kynaston dans son récit épique de la Grande-Bretagne d’après-guerre mondiale, Contes d’une nouvelle Jérusalem, qui en est maintenant à son quatrième volet, intitulé Un vent du Nord : la Grande-Bretagne 1962-65. L’œil de Kynaston est plus froid que celui de Larkin, mais lui aussi identifie un point charnière culturel dans cette courte période (le livre ne couvre que 28 mois). C’est à ce moment-là, à mi-chemin entre la victoire écrasante du parti travailliste de Clement Attlee en 1945 et l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979, que la culture du « papa sait mieux » des années 50 a commencé à s’effondrer et qu’une Grande-Bretagne plus libre et plus individualiste a émergé.
La méthode de Kynaston, pour ceux qui ne la connaissent pas, consiste à rassembler une vaste gamme de documents primaires, qu’il sélectionne presque autant qu’il écr...
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