La phosphine sur Vénus : des éruptions volcaniques à la place de microbes ?

Laurent Sacco - Futura Sciences - 19/07
Il y a presque un an, la détection d'une molécule dans l'atmosphère de Vénus avait laissé espérer que l'on pourrait bien découvrir des formes de vie ailleurs que sur Terre, et pas sur Mars en...

Il y a presque un an, la détection d'une molécule dans l'atmosphère de Vénus avait laissé espérer que l'on pourrait bien découvrir des formes de vie ailleurs que sur Terre, et pas sur Mars en premier comme beaucoup le pensaient. Mais la présence de cette molécule et le fait qu'on ne puisse l'expliquer que par une activité biologique étaient et restent des hypothèses questionnables. Aujourd'hui, la possibilité que la molécule de phosphine soit en fait bien la trace d'une activité volcanique revient sur le devant de la scène des débats.

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On se souvient de la petite bombe qui avait explosé dans le monde de l'exobiologie en septembre 2020 quand la présence d'une molécule associée sur Terre à l'activité de bactéries anaérobies, la phosphine, avait, semblait-il, été découverte dans l'atmosphère de Vénus. Les planétologues ayant annoncé cette découverte faisaient notamment valoir que malgré leurs efforts, ils n'avaient pas pu trouver de mécanismes abiotiques capables de produire dans les quantités mesurées la phosphine détectée.

Mais, rapidement, des voix se sont fait entendre pour inciter à la prudence quant à la réelle présence de la phosphine et surtout en ce qui concernerait l'impossibilité de la synthétiser en quantité suffisante sans faire intervenir des micro-organismes vivants dans certaines des couches, probablement ni trop chaudes ni trop acides dans l'atmosphère de Vénus et avec un peu d'eau. Comme le montrent les articles précédents sur cette question, ci-dessous, c'est précisément ce qu'avait expliqué à Futura l'astrophysicien Franck Selsis. Son collègue, l'astrochimiste Hervé Cottin, professeur à l'Université Paris-Est-Créteil, chercheur au Lisa (Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques) avait également exprimé un appel à la prudence, tout comme un communiqué de la Société française d'exobiologie (SFE).

L’astrophysicienne française Thérèse Encrenaz, spécialisée dans les atmosphères planétaires, avec ses collègues, avait à son tour questionné la quantité de phosphine vraiment détectée, comme Futura l'avait aussi expliqué.

La Nasa va retourner sur Vénus. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Nasa's Goddard Space Flight Center, David Ladd

Des volcans explosifs qui crachent des phosphures ?

Les débats ont continué depuis, mis en relief par les récentes annonces de la Nasa et de l'ESA concernant le lancement de la construction de pas moins de trois missions à destination de Vénus pour étudier de plus près son atmosphère et sa géologie, voire sa géodynamique si des traces en ce sens, comme par exemple des éruptions volcaniques en ce moment même sur la sœur de la Terre, pouvaient être détectées.

Aujourd'hui, il y a un nouveau rebondissement avec une publication en accès libre dans Proceedings of the National Academy of Sciences. Elle provient de Jonathan Lunine, professeur David C. Duncan en sciences physiques et président du département d'astronomie du Collège des arts et des sciences de l'université de Cornell. Avec Ngoc Truong, doctorant en géologie, le célèbre planétologue et physicien américain a revisité l'hypothèse d'une production de phosphine par un volcanisme vénusien actif de nos jours : « La phosphine ne nous parle pas de la biologie de Vénus. Elle nous parle de sa géologie. La science pointe vers une planète qui a un volcanisme explosif actif aujourd'hui ou dans un passé très récent », comme il l'affirme dans un communiqué de l'Université Cornell.

Les deux chercheurs se sont penchés sur les données spectrales signalant la présence de phosphine fournies par le radiotélescope Clerk Maxwell (JCMT) situé à l'observatoire du Mauna Kea à Hawaï et par ceux de l'Atacama Large Millimeter / submillimeter Array (Alma) au Chili. Ils ont relié ces données à l'hypothèse de la présence de phosphures, des composés du phosphore avec un ou plusieurs autres éléments moins électronégatifs, dans le manteau profond de Vénus.

Un volcanisme explosif pourrait alors injecter ces phosphures dans l'atmosphère de Vénus où ils peuvent réagir avec l'acide sulfurique présent pour donner de la phosphine. Le processus serait suffisamment efficace pour rendre compte des données des deux radiotélescopes, en supposant bien sûr que les signatures spectrales observées sont bien celles de la phosphine.

Pour en savoir plus

Vie sur Vénus : du dioxyde de souf...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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