L'armée israélienne a rendu publiques ce dimanche des images qui montrent, selon elle, des membres du Hamas tirant depuis un hôpital de Gaza, et d'autres exposant l'existence d'un site de lancement de missiles situé à 75 mètres d'un hôpital sous lequel se trouveraient des tunnels du Hamas. "Ils savent pertinemment que si Israël lance une attaque aérienne sur cette base de lancement, l'hôpital sera endommagé", a affirmé le porte-parole de l'armée israélienne Daniel Hagari, dénonçant "l'utilisation cynique des hôpitaux".
Si l'armée israélienne est régulièrement mise en cause, notamment par l'OMS et l'ONU pour ses bombardements sur ou à proximité de structures sanitaires de la bande de Gaza, ses responsables allèguent depuis des semaines que plusieurs hôpitaux de Gaza abriteraient des infrastructures, des militants, ou des cadres du Hamas. Ce dimanche, Tsahal a ainsi cherché à démontrer que l'hôpital Cheikh Hamad de Gaza dissimule des tunnels utilisés par l'organisation islamiste palestinienne, tandis que l'hôpital Rumah Sakit, dit "indonésien", abriterait un de ses centres de commandement. Mais depuis le début de l'opération militaire déclenchée à la suite du raid du Hamas le 7 octobre dernier, c'est l'hôpital Al-Shifa, au nord de Gaza-ville, qui a concentré les dénonciations de Tsahal.
C'est devant cet hôpital qu'un missile israélien a détruit une ambulance le 3 novembre dernier, causant la mort d'une quinzaine de personnes et en blessant des dizaines d'autres, selon les autorités locales. La frappe israélienne avait choqué l'opinion internationale, dont le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, qui s'était dit "horrifié". De son côté, Tsahal avait affirmé que cette ambulance, qui faisait partie d'un convoi pour évacuer des blessés vers l'Égypte, était en fait utilisée par le Hamas. Lors de la visite du secrétaire d'État américain Antony Blinken à Tel Aviv ce vendredi, les autorités militaires avaient diffusé un enregistrement audio qui, selon elles, démontreraient que l'hôpital sert au stockage des réserves de carburant de l'organisation islamiste. La semaine précédente, Tsahal avait affirmé qu'Al-Shifa cachait en fait la principale base opérationnelle du Hamas dans la bande du Gaza, dans des tunnels et des pièces souterraines.
Ce n'est pas la première fois que l'hôpital Al-Shifa se retrouve au centre de toutes les attentions lors d'un conflit à Gaza. Centre de soins depuis 1946, à l'époque du mandat britannique, "Dar Al-Shifa" avait été agrandi au temps de l'administration égyptienne, en place jusqu'en 1967, puis sous le contrôle des autorités israéliennes, dans les années 1980. C'est actuellement le plus important complexe hospitalier de l'enclave palestinienne, situé au nord de la ville de Gaza, très près de la côte. Une situation potentiellement stratégique, avec la proximité de villes comme Sderot et Ashkelon, et au cœur du secteur désormais encerclé par Tsahal, où les soldats israéliens effectuent des incursions terrestres.
En 2007, lors du conflit armé entre factions palestiniennes rivales, des militants du Fatah avaient visé l'hôpital, d'où des membres du Hamas ripostaient, selon une note de l'ONG Human Right Watch. Lors des bombardements de Gaza en 2008-2009, c'est depuis cet hôpital que de nombreux journalistes étrangers couvraient le conflit, particulièrement meurtrier du côté palestinien. Le New York Times avait rapporté que des militants du Hamas, habillés en civil, en arpentaient les couloirs et les chambres à la recherche de "collaborateurs". Certains auraient été interrogés dans des pièces souterraines sur place, et parfois exécutés.
Lors du conflit de 2014, Al-Shifa avait été décrit par des correspondants étrangers comme le QG de facto du Hamas, tant ses cadres et ses militants étaient vus partout dans l'enceinte. Si un témoignage de médecin avait indiqué à l'époque que la tête de l'organisation islamiste se trouvait sous l'hôpital, un autre le démentait. Pendant chacun de ces épisodes tragiques, les soignants d'Al-Shifa n'ont jamais cessé de soigner par centaines les victimes palestiniennes du conflit.
En 2023, Tsahal affirme, en citant des aveux de commandos de l'organisation islamiste...
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