Lorsqu'elle a traversé la France cette semaine, la tempête Ciarán a fait de gros dégâts chez les agriculteurs. Bâtiments et serres endommagés, éleveurs privés d'eau pour leurs animaux, exploitations sans électricité... Dans le monde paysan, nombreux sont ceux qui redoutent les semaines, voire les mois d'efforts qui devront être consentis pour s'en remettre.
"Plusieurs centaines d’agriculteurs sont touchés dans l'ouest de la France", a déploré ce dimanche le ministère de l'Agriculture, mettant en avant "des dommages par endroit importants dans le secteur du maraîchage et de l'horticulture sur les serres, les cultures de certains légumes de plein champ comme les choux-fleurs ou les poireaux". Ciarán a frappé durement la Bretagne, première région agricole française, haut lieu de la production de légumes. Beaucoup de maraîchers ont constaté que leurs serres ont souffert face aux vents record qui ont balayé la région dans la nuit de mercredi à jeudi.
Du côté de la Confédération paysanne, on tente de recenser les dégâts et estime "à 30 hectares les serres écrasées", principalement en Bretagne. Une surface qui reste encore à affiner. Pour ne rien arranger, la tempête a fait des ravages à une période où "les serres sont quasi pleines", avec la fin des légumes d'été et la mise en place des productions pour la saison suivante, explique un maraîcher breton interrogé par l'AFP.
Les éleveurs aussi sont touchés, ayant souffert du manque d'électricité et d'eau. Dans les régions les plus touchées, plusieurs semaines seront souvent nécessaires pour déblayer les arbres cassés ou déracinés. Certains agriculteurs n'hésitent pas à parler de "double peine", alors qu'ils ont fait le choix de conserver des haies au détriment dans vastes surfaces caractéristiques de l'agriculture intensive.
Si beaucoup d'éleveurs ont retrouvé eau et électricité depuis le passage de la tempête, le président de la FNSEA de la Manche souligne que dans son département, des confrères attendent toujours un retour à la normale. Une situation délicate, alors qu'une vache boit au bas mot une cinquantaine de litres d'eau chaque jour. Certains professionnels, faute de pouvoir conserver au frais le lait une fois la traite réalisée, se retrouvent obligés de le jeter.
Certes, les aléas climatiques font partie des risques du métiers, mais la succession d'épisodes extrême vient fragiliser le secteur. "On enchaîne les tempêtes, avec beaucoup de pluie, ça ne facilite pas le travail de remise en état", glissait samedi le secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), Hervé Lapie, sur France Info.
L'agroclimatologue Serge Zaka, face à ces tempêtes successives, a rappelé sur les réseaux sociaux qu'en agriculture, "le mauvais temps, c'est celui qui dure". Alors que "les sécheresses trop longues induisent un rendement plus bas que la moyenne", avec du vent et des fortes températures qui "accentuent la sécheresse", les longues périodes de pluie ne sont guère plus appréciables. Elles "bouleversent les travaux agricoles (semis, travaux du sol, accessibilité des pâtures...)", souligne le spécialiste, "voire font baisser le rendement (récolte trop tardive, germination sur pied comme en juin 2016, maladies, anoxie...)". Sans compter des phénomènes extrêmes tels que Ciarán, dont la puissance peut faire des ravages.
Emmanuel Macron, dans ce contexte, a promis vendredi que les régimes de catastrophe naturelle et de "calamité agricole" seraient activés, "pour ceux qui y ont droit". Souhaitant en parallèle "mettre à contribution" les assureurs. Dans la foulée, le ministère de l'Agriculture ajoutait que les services départementaux de l'État allaient "enclencher toutes les procédures de reconnaissance en calamités agricoles pour les pertes de fonds, et d’indemnité de solidarité nationale pour les pertes de récolte".
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