La Russie acte la révocation de sa ratification du traité interdisant les essais nucléaires

LCI - 02/11
[VIDÉO] - Vladimir Poutine a signé une loi révoquant la ratification de la Russie du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires. Un texte encore jamais entré en vigueur, mais que Moscou a ratifié en 2000. Un choix décrié par l'organisation de l'ONU en charge du traité, qui estime toutefois que le Kremlin reste "encore attaché" à celui-ci.

Vladimir Poutine a signé une loi révoquant la ratification de la Russie du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires.
Un texte encore jamais entré en vigueur, mais que Moscou a ratifié en 2000.
Un choix décrié par l'organisation de l'ONU en charge du traité, qui estime toutefois que le Kremlin reste "encore attaché" à celui-ci.

Une nouvelle tentative d'intimidation russe, en pleine guerre en Ukraine ? Moscou a révoqué jeudi sa ratification du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) après la signature d'une loi par Vladimir Poutine, sur fond de conflit contre son voisin ukrainien et de crise avec les Occidentaux. Une menace brandie depuis quelques semaines, en réponse aux États-Unis qui font partie de ces pays qui n'ont quant à eux jamais ratifié le texte.

Ouvert à la signature en 1996, ce traité qui interdit toute explosion nucléaire a été ratifié par 178 États et signé par 186. Mais il n'est cependant jamais entré en vigueur, car il n'a été jusqu'à présent pas été ratifié par l'ensemble des 44 États qui détenaient des installations nucléaires au moment de sa création. Huit d'entre eux n'ont pas encore sauté le pas : les États-Unis donc, mais aussi la Chine, l'Égypte, l'Iran et Israël parmi les signataires, ainsi que Corée du Nord, Pakistan et Inde parmi les non signataires.

"Très décevant et profondément regrettable"

Moscou a ratifié le texte en 2000, mais vient donc de se rétracter. Début octobre, Vladimir Poutine a déjà évoqué l'hypothèse d'une telle révocation, avant que la loi sur la révocation de la ratification ne soit d'abord adoptée par la Douma d'État, la chambre basse du Parlement russe. Elle a ensuite été votée à l'unanimité par la chambre haute fin octobre. Le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, a alors qualifié ce vote de "réponse à une attitude odieuse des États-Unis envers leurs obligations sur le maintien de la sécurité globale".

Le Kremlin reste toutefois évasif sur ses objectifs après cette révocation. "Je ne suis pas prêt à dire si nous devons ou pas reprendre les essais", a ainsi déclaré Vladimir Poutine début octobre, tout en vantant le développement de nouveaux missiles surpuissants pouvant transporter des ogives nucléaires.

La promulgation de la loi russe est "très décevante et profondément regrettable", a réagi dans un communiqué Robert Floyd, secrétaire exécutif de l'organisation onusienne chargée du traité, l'OTICE (CTBTO en anglais). Il a cependant relevé que la Russie s'était dite malgré tout "encore attachée" au traité, "y compris au fonctionnement de toutes les stations de surveillance de l'OTICE sur son territoire" qui permettent de détecter en temps réel la plus petite explosion. 

De son côté, la France "déplore" la décision de Moscou, "dans le contexte de son agression illégale contre l’Ukraine et de sa rhétorique nucléaire irresponsable", a déclaré son ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, rappelant que ce traité "constitue un instrument essentiel de l’architecture internationale de non-prolifération et de désarmement". "Depuis l'ouverture à la signature de ce Traité, l'interdiction des essais nucléaires s'est établie comme une norme commune, que seule la Corée du Nord a violée au XXIe siècle", a commenté le Quai d'Orsay. "La décision de la Russie compromet le travail d'universalisation du traité", a-t-il ajouté, l'appelant "à respecter le moratoire sur les essais et à revenir sur cette décision".

Lire aussi

Depuis le début du conflit en Ukraine en février 2022, le président russe a soufflé le chaud et le froid quant au recours à l'arme nucléaire. En février 2023, Moscou a aussi suspendu sa participation au traité de désarmement nucléaire New Start signé avec les États-Unis en 2010, le dernier accord bilatéral liant Russes et Américains. Puis il a déployé durant l'été 2023 des armes nucléaires tactiques en Biélorussie, son plus proche allié. Fin octobre, la Russie a également procédé à des tirs d'essai de missiles balistiques visant à préparer ses forces à une "frappe nucléaire massive" de riposte.

La doctrine nucléaire russe prévoit un recours "strictement défensif" à l'arme atomique, en cas d'attaque de la Russie avec des armes de destruction massive ou en cas d'agression avec des armes conventionnelles "menaçant l'existence même de l'État".

M.L (avec AFP)

Sur lemême thème

  • #Russie
  • #Vladimir Poutine
  • #États-Unis
  • #Nucléaire
  • #Ukraine
  • InternationalUkraine : plus de 600 jours de guerre
Loading...