Climat : ces 425 sites qui font surchauffer la planète

LCI - 31/10
[VIDÉO] - Des experts ont élaboré une cartographie mondiale des sites ou projets d'extraction dont l'exploitation représente, pour chacun, plus d'une gigatonne d'émissions de CO2. Parmi ces 425 "bombes carbone" liées au pétrole, au charbon et au gaz, beaucoup se trouvent aux États-Unis, en Chine ou dans les pays du Golfe. Si la France ne compte aucun site sur son territoire, des banques et des entreprises de l'Hexagone participent à l'exploitation de certains.

Des experts ont élaboré une cartographie mondiale des sites ou projets d'extraction dont l'exploitation représente, pour chacun, plus d'une gigatonne d'émissions de CO2.
Parmi ces 425 "bombes carbone" liées au pétrole, au charbon et au gaz, beaucoup se trouvent aux États-Unis, en Chine ou dans les pays du Golfe.
Si la France ne compte aucun site sur son territoire, des banques et des entreprises de l'Hexagone participent à l'exploitation de certains.

Ça s'appelle une "carbon bomb", littéralement, "une bombe carbone". De quoi parle-t-on ? "Il s'agit d'un projet d'extraction de combustibles fossiles qui va générer plus d'une gigatonne de CO2 (1 GtCO2) au cours de sa durée de vie restante", explique Lou Welgryn, coprésidente de Data for Good (une association pour le recueil de données numériques au nom de l'intérêt général) et co-fondatrice d'Éclaircies (un collectif d'experts sur le climat). 

Ces deux structures sont à l'origine d'une initiative visant à élaborer une cartographie inédite dévoilée mardi 31 octobre sur le site "Carbon Bombs". Celle-ci permet de visualiser où se trouvent les 425 "bombes carbone" sur la planète, qui les opère et qui les finance. 

Prenons un exemple près de chez nous : la mine de charbon de Hambach, en Allemagne. Si on extrait la totalité de la ressource restante et que celle-ci est entièrement utilisée (et donc brûlée), cela représentera au total 1,71 gigatonne de CO2 émis (soit 1,71 milliard de tonnes). Un peu plus loin, aux États-Unis, le gisement gazier et pétrolier du bassin de Marcellus, en Pennsylvanie, représentera, lui, à terme, 26,71 gigatonnes d'émissions de CO2.

La carte des "carbon bombs", ces 425 sites d'extraction de pétrole, de gaz et de charbon. - CarbonBombs.org

Parmi les sites dont la production d'énergies fossiles va le plus contribuer au changement climatique, on trouve d'abord le bassin permien aux États-Unis, entre le Texas et le Nouveau-Mexique ; aux États-Unis toujours, les schistes de Marcellus et le bassin de Midland au Texas. On trouve également le champ pétrolier de Ghawar, en Arabie saoudite, et le bassin houiller de Tavan Tolgoi en Mongolie.

"Les émissions cumulées de ces 425 bombes climatiques émettraient, à elles seules, plus de deux fois le budget carbone qu'il nous reste pour ne pas dépasser le seuil de 1,5°C de réchauffement, tel qu'établi dans l'Accord de Paris", alerte Oriane Wegner. 

Car selon le Giec, pour respecter l’accord de Paris sur le climat, et contenir le réchauffement climatique sous 1,5°C, les émissions mondiales cumulées ne devront pas excéder 400 à 500 milliards de tonnes de CO2. Or, ces 425 sites en représentent autour de 1200 milliards de tonnes. 

Les émissions que vont générer ces projets. - CarbonBombs.org

Plus de 20 projets lancés depuis 2020

Et c'est loin d'être le seul chiffre marquant : 169 de ces 425 sites n'étaient pas opérationnels en 2020. Depuis, plus de 20 d'entre eux sont entrés en activité. Un constat qui, selon les deux expertes, montre à la fois que le monde est loin de ralentir l'activité d'extraction, mais aussi qu'il y a urgence à stopper ces futures "bombes carbone". 

C'est d'ailleurs la recommandation faite par l'Agence internationale de l'énergie en 2021 :  "Au-delà des projets déjà engagés à partir de 2021, aucun nouveau gisement de pétrole et de gaz n'est approuvé dans notre trajectoire, et aucune nouvelle mine de charbon ou extension de mine n'est nécessaire."

Le double impact du schiste

Parmi les 425 projets, on trouve des sites d'extraction de gaz, de pétrole et de charbon ainsi que de nombreux projets (en cours ou à venir) de gaz et pétrole de schiste. Des projets qui ont, comme les autres, un fort impact sur le climat (par la combustion du gaz) mais aussi sur l'environnement. 

"Pour récupérer le gaz ou le pétrole logé dans les interstices de la roche, on va employer la fracturation hydraulique : on envoie à haute pression de l'eau ou du sable dans la roche. Donc les besoins de ressources en eau sont énormes, et l'impact au sol est aussi beaucoup plus vaste", relève Oriane Wegner, co-fondatrice d'Éclaircies. 

Or, plusieurs gros projets d'extraction de gaz de schiste sont à venir, comme en Angleterre, ou l'exploitation du schiste de Bowland représentera 1,48 gigatonne de CO2. La France, elle, a interdit cette technique d'extraction, sur laquelle un moratoire a été décidé en 2011.

La méthode : une synthèse de trois bases de données

Pour obtenir ces données, Data for Good et Éclaircies ont fait la synthèse de trois bases  de données publiques : celle du chercheur Kjell Kühne qui avait dévoilé l'an dernier une étude permettant d'identifier ces sites (195 projets pétroliers et gaziers, 230 mines de charbon, opérationnels ou en construction, dans 48 pays) ; celle de l'organisation Global Energy Monitor qui recense les liens entre...
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