Addiction aux réseaux sociaux : "La prévention ne suffit pas", estime une psychologue

LCI - 25/10
[VIDÉO] - Une quarantaine d'États américains ont lancé des poursuites contre Meta, accusant le groupe de nuire à la "santé mentale et physique" des jeunes. En France, l'action publique entourant l'usage des réseaux sociaux en est encore à la prévention, ce que regrette auprès de TF1info la psychologue Sabine Duflo. Selon elle, leur consommation relève de l'addiction pour certains jeunes, avec des conséquences importantes pour leur développement.

Une quarantaine d'États américains ont lancé des poursuites contre Meta, accusant le groupe de nuire à la "santé mentale et physique" des jeunes.
En France, l'action publique entourant l'usage des réseaux sociaux en est encore à la prévention, ce que regrette auprès de TF1info la psychologue Sabine Duflo.
Selon elle, leur consommation relève de l'addiction pour certains jeunes, avec des conséquences importantes pour leur développement.

Aux États-Unis, les justiciables s'attaquent aux réseaux sociaux. Dans une plainte déposée ce mardi 24 octobre contre Meta, plus de quarante États américains, démocrates et républicains, accusent les applications du groupe, Facebook et Instagram, de nuire à la "santé mentale et physique de la jeunesse". L'action en justice dénonce notamment toutes les techniques pour "manipuler les jeunes utilisateurs, afin de les inciter à utiliser les plateformes de manière compulsive et prolongée".

Un constat que partage la psychologue et thérapeute familiale Sabine Duflo. Membre fondatrice du CoSE, qui milite contre la surexposition aux écrans, elle appelle à ce qu'une telle initiative se mette aussi en place en France, faisant de cette lutte contre l'addiction aux réseaux sociaux et aux écrans en général un enjeu de santé publique. Explications.

Les réseaux sociaux ont développé tout un système qui a pour conséquence de retenir captif les jeunes.

Sabine Duflo

Que pensez-vous de l'initiative judiciaire portée par des États américains contre Meta ?

J'appelle de tous mes vœux qu'il se passe la même chose en France. Je suis tout à faire d'accord avec le constat exposé dans la plainte déposée aux États-Unis qui accuse les réseaux sociaux de nourrir une addiction aux réseaux sociaux. De toute façon, les bénéfices que les réseaux sociaux engrangent sont en rapport avec le temps que passent les utilisateurs dessus. Donc bien entendu, pour cela, ils ont développé tout un système de captologie qui a pour conséquence de retenir captifs les jeunes sur les plateformes. C'est pour cela que quand Meta se plaint de l'action judiciaire en disant que l'entreprise aurait préféré travailler avec les dirigeants pour trouver des moyens pour limiter l'accès aux jeunes, c'est hypocrite. C'est comme si on demandait à l'industrie du tabac, ou aux coopératives agricoles, de faire elles-mêmes de la prévention médicale.

En France, une politique de prévention encore incomplète

Quels effets l'utilisation des réseaux sociaux a-t-elle sur les enfants et les adolescents ?

À travers mes travaux ou dans les études, je retrouve exactement les effets décrits dans la plainte déposée aux États-Unis, c'était-à-dire des effets d'addiction comportementale avec toutes les conséquences que cela peut avoir. On observe des effets sur le sommeil, des adolescents qui n'éteignent pas leur portable la nuit, des effets sur l'attention, qui sont dus en partie à un sommeil de mauvaise qualité, des effets sur l'apprentissage, des troubles anxieux qui peuvent aller jusqu'à un comportement dépressif voire suicidaire. 

Les enfants et adolescents peuvent développer une mauvaise estime de soi parce que le temps passé, très long sur les réseaux sociaux, c'est du temps volé aux apprentissages. Et donc cela a des effets sur la mémoire, ces jeunes se perçoivent comme idiots parce qu'ils ont du mal à retenir. Par ailleurs, les risques comme la dépression engendrent des risques de comportements d'automutilation chez les jeunes filles. On a vu,  essentiellement chez ces dernières, une augmentation énorme des cas d'auto-mutilations, scarifications, sur ces quatre dernières années. Ces observations recoupent ce qui est noté dans les études sur les réseaux sociaux.

Quelle politique est appliquée en France pour lutter contre ces problèmes d'addiction ?

Pour l'instant, la politique appliquée, c'est celle de développer, d'accentuer la prévention et l'information. Il y a quand même des lois qui ont été votées au printemps dernier au Sénat pour une majorité numérique. C'est-à-dire qu'à l'âge de 15 ans, on peut accéder aux réseaux sociaux sauf si l'un des parents donne son accord avant. La loi a été votée, mais les décrets pour l'instant n'ont pas été publiés. Il faut que ces mesures soient encore acceptées par le Digital Service Act, on sent que cela va encore prendre du temps.

Aujourd'hui, en France, on a misé essentiellement sur une politique de prévention, qui est d'ailleurs assez incomplète. Or, on sait que quand il y a un produit qui a des conséquences assez néfastes sur le public, pour tous les enjeux de santé publique, on ne peut lutter qu'avec des lois qui encadrent le produit. La prévention ne suffit pas. On l'a bien vu avec le tabac, on l'a vu avec l'alcool. La prévention, l'information ne suffit pas, il faut des lois pour réglementer et surtout là, en l'occurrence, pour empêch...
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