Depuis que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a accusé le footballeur Karim Benzema d'être en lien avec les Frères musulmans, les réseaux sociaux et la sphère politique s'emballent. L'attaquant français est devenu une nouvelle occasion pour la droite, l'extrême droite et la gauche de s'affronter, sur fond de guerre entre Israël et le Hamas, et de s'accuser de récupération politique.
Lundi soir, sur le plateau de Cnews, alors qu'il s'exprimait sur l'islamisme et ses relais politiques, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin lâche la phrase suivante : "Depuis quelques semaines, je m'intéresse particulièrement... Monsieur Benzema est en lien, on le sait tous, notoire avec les Frères musulmans. Nous nous attaquons à une hydre que sont les Frères musulmans parce qu'ils donnent un 'djihadisme d'atmosphère' comme le disait Gilles Kepel."
Une assertion lancée sans explications. Par la suite, le cabinet du ministre fait savoir qu'il constate "une lente dérive des prises de position de Karim Benzema vers un islam dur, rigoriste, caractéristique de l’idéologie frériste consistant à diffuser les normes islamiques dans différents espaces de la société, notamment dans le sport". L'entourage du ministre estime que le joueur s'adonne à du "prosélytisme sur les réseaux sociaux autour du culte musulman, comme le jeûne, la prière, le pèlerinage à la Mecque" ou encore qu'il a posté une "photo avec l’imam de Meaux qui avait fait l’objet d’une perquisition dans le cadre de l’assassinat de Samuel Paty".
Cette accusation fait suite à la publication sur X (ex-Twitter) par Karim Benzema d'un message relatif au conflit entre Israël et le Hamas palestinien dans lequel il adresse "toutes (ses) prières pour les habitants de Gaza victimes une fois de plus de ces bombardements injustes qui n'épargnent ni femmes, ni enfants". Il est reproché au joueur de ne pas avoir fait la même chose pour les victimes israéliennes.
Suite aux propos du ministre de l'Intérieur, la sénatrice LR Valérie Boyer réclame des sanctions envers le footballeur, notamment la déchéance de nationalité. "Si Karim Benzema est en lien avec les Frères Musulmans, nous devons lui retirer a minima le Ballon d'Or (sanction symbolique) mais aussi et surtout sa nationalité française. Pactiser avec ceux qui nous déclarent la guerre, reviendrait à trahir son pays", écrit-elle sur X (ex-Twitter), alors que l'attaquant n'a qu'une nationalité, française, et qu'il n'est pas possible de créer des apatrides.
Mercredi, l'avocat de Karim Benzema, maître Hugues Vigier, dément les accusations de Gérald Darmanin et menace de poursuites. "Ceci est faux ! Karim Benzema n'a jamais eu la moindre relation avec cette organisation", réagit-il dans un communiqué. "Nous assistons une fois de plus à une instrumentalisation intolérable de Karim Benzema et de la 'figure symbolique' qu'on se plait à lui attribuer", regrette-t-il, envisageant de porter plainte pour diffamation ou injure publique contre Gérald Darmanin. Hugues Vigier réfléchit aussi à porter plainte contre la sénatrice des Bouches-du-Rhône, Valérie Boyer, estimant que déchoir un Français de sa nationalité "un natif français, de parent français, ne rappellerait en Europe que l’Allemagne nazie".
Jeudi, le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon se fend d'un texte publié sur les réseaux sociaux pour défendre l'attaquant d'Al-Ittihad. "Je ne vous connais pas et je ne sais rien du foot. Mais le gouvernement et ses amis ont choisi de vous diaboliser. (...) Avec de tels ennemis qui parlent avec de tels mots, vous devez être une personne remarquable, sans haine ethnique ou religieuse", écrit-il. L'Insoumis utilise à plusieurs reprises l'expression "Français de papier", des termes tenus par l'eurodéputée européenne Les Républicains (LR) Nadine Morano mercredi soir sur Cnews. Jean-Luc Mélenchon et son mouvement sont eux-mêmes sous le feu des critiques depuis qu'ils ont refusé de qualifier le Hamas d'organisation "terroriste".
Invité de BFMTV ce jeudi soir, le ministre de l'Intérieur a assuré qu'il retirerait ses propos si le Ballon d'or français "tweetait" pour "pleurer également" l'assassinat du professeur de français d'Arras par un jeune radicalisé. "Si M. Benzema veut montrer sa bonne foi, qu'il est capable dans quelques minutes de montrer devant 20 millions de personnes qui le suivent, qu'il pleure également la mort de ce professeur, je retirerai mes propos", a déclaré le ministre, pour qui l'international "tweete de manière sélective". Tou...
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