C’était un œil aussi bleu que l’azur, une barbe fleurie et surtout une voix. Un parler grasseyant venu de la Belle Province, avec qui les mots d’étoiles – avec un grand "oouaaal" – de trous noirs – avec un grand "oouaaarr" – prenaient littéralement corps. Le cosmos était son ami, il nous a tous rendus amis du cosmos. Mieux, il nous a tous métamorphosés en "poussières d’étoiles". Et a réussi à en convaincre beaucoup – qu’aurait pensé Blaise Pascal ?- que "nous faisons partie de l’histoire cosmique".
UNIVERS. Avec Hubert Reeves, les espaces infinis avaient trouvé leur voix et semblaient ne plus pouvoir effrayer grand-monde. C’est de nous que parle l’univers, insistait-il – or, comme chacun sait, parlez-nous de nous, il n’y a que ça qui intéresse les humains. C’est ce qu’il conseillait aux enseignants – faites découvrir aux enfants leurs liens intimes avec l’univers. C’est ce qu’il contait à Sciences et Avenir lors d’une longue interview en 2009 (l'article "Nous faisons partie de l'histoire du cosmos"), tout comme il l’avait fait de multiples fois, inlassablement, avec gentillesse et la pointe d’humour indispensable. Parce qu’il aimait ça.
Il aimait le cosmos, les oiseaux et son public. Ce dernier le lui rendait au centuple. On se souvient de cette conférence à Blois, lors de l’année de l’astronomie, où la salle avait été prise d’assaut – elles étaient toujours prises d’assaut. Les auditeurs s’étaient assis jusque dans les travées avant d’écouter… religieusement son propos. Il parlait d’un sujet qu’il avait longtemps hésité à médiatiser et qui a fini par devenir aujourd’hui un des « must » de l’astrophysique : "les univers parallèles" (lire S&A n°778, décembre 2011, "Premiers échos des mondes cachés").
Une très grosse heure sur une petite chaise, quelques images et la voix. Un one-man show cosmique. A la fin, comme de bien entendu, vingt ou trente membres de l’auditoire s’étaient agglutinés autour de lui. Arrivait toujours ce moment post-conférence, nous avait-il confié voilà quelques années, où quelqu’un s’approchait et le sommait, d’un air entendu, de "dire la Vérité". C’est-à-dire de "dire si la Vie a un sens ou non. Et D...
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