« Vous pouvez goûter au changement climatique. »
Frédéric Chaudière, vigneron de troisième génération dans le village français de Mormoiron, a bu une gorgée de vin blanc et a posé son verre.
Les goûts des variétés vieilles de plusieurs siècles sont altérés par les températures élevées, le manque de précipitations, les gelées soudaines et les épisodes imprévisibles de conditions météorologiques extrêmes. Cet été infernal est le dernier rappel en date de l’urgence avec laquelle l’industrie vitivinicole mondiale, estimée à 333 milliards de dollars, est contrainte de s’adapter. Des records de température ont été établis en Europe, aux États-Unis, en Chine, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, alors que la grêle, la sécheresse, les incendies de forêt et les inondations d'une ampleur biblique ont causé des dégâts.
La vigne fait partie des cultures les plus sensibles aux intempéries, et les producteurs, de l'Australie à l'Argentine, ont du mal à y faire face. L’impératif est particulièrement grand en Europe, qui abrite cinq des dix premiers pays producteurs de vin au monde et comprend 45 pour cent des zones viticoles de la planète.
M. Chaudière est président d'une association de producteurs de vins du Ventoux. Son domaine viticole, Château Pesquié, se trouve dans la vallée du Rhône, où l'impact du changement climatique sur les vignerons des 50 dernières années a été important.
Les premiers bourgeons apparaissent 15 jours plus tôt qu’au début des années 1970, selon une analyse récente. La maturation commence 18 jours plus tôt. Et les vendanges commencent fin août au lieu de mi-septembre. Un changement était attendu, mais l’accélération du rythme a été un choc.
Pour de nombreux vignobles, les nouvelles conditions climatiques se traduisent par des raisins plus petits qui produisent des vins plus doux avec une teneur en alcool plus élevée. Ces évolutions, hélas, sont en décalage avec les consommateurs qui se tournent vers des vins plus légers, plus frais, plus acidulés et moins alcoolisés.
Pour d’autres vignobles, les défis sont plus profonds : la diminution des réserves d’eau menace leur existence.
Cependant, la manière de réagir à c...
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