L'impossibilité d'étudier à cause des dealers. C'est ce qui arrive à des centaines d'étudiants de Marseille : un site universitaire a fermé temporairement en centre-ville, en raison de l'insécurité liée au trafic de stupéfiants. Personnels et étudiants vont devoir travailler en distanciel.
C'est le président de l'université, Eric Berton, qui a annoncé la nouvelle dans une lettre adressée au préfet et à la préfète de police des Bouches-du-Rhône, ainsi qu'à la procureure et au maire de Marseille. "Comme vous le savez, après des mois d'inquiétude et d'alerte, le doyen de la faculté d'économie et de gestion du site Colbert à Marseille a pris la décision de fermer l'accès à ce bâtiment aux étudiants et aux personnels, faute de pouvoir assurer leur sécurité", écrit le président.
La fermeture du site Colbert doit prendre effet vendredi après les cours et ce pour une semaine, jusqu'au 13 octobre, dans l'espoir de trouver des solutions pour résoudre le problème. Ce dernier concerne des centaines de personnes : quelque 1500 étudiants et une cinquantaine de personnels fréquentent cette antenne de la faculté. "Les cours seront assurés en distanciel et les personnels, pour certains, seront redéployés ou en télétravail", poursuit le président, précisant que ce choix "est le pire" qui puisse lui être "donné de faire".
Selon nos informations, la situation s'est dégradée au cours de l'été. Depuis la mi-août, près de 20 personnes ont été interpellées dans ce secteur, situé à quelques minutes à quelques encablures du Vieux-Port. Au total, 42 opérations de CRS ont été menées dans le quartier. Le phénomène semble difficile à endiguer : depuis le début de l’année, une augmentation de 71 % des interpellations pour trafic dans le centre-ville a été recensé par la préfecture. Cette dernière a aussi indiqué qu'une "opération d'enlèvement de points de deal" avait eu lieu la semaine dernière et que "tous les moyens sont déployés" pour améliorer la situation, proposant au président de l'Université de le rencontrer "rapidement".
Si les autorités travaillent de concert pour reprendre le terrain, notamment en ayant envoyé des CRS sur le secteur en complément des effectifs locaux présents tous les jours, la situation était intenable selon les personnes concernées. "Il y a un point de deal qui a beaucoup grossi cet été. Toute la journée, on les entend crier pour vendre leur marchandise, c'est comme des poissonniers", a témoigné un des membres du personnel du site. "Avant, il y avait du deal mais c'était plus discret", abonde à l'AFP un de ses collègues, "très attaché à ce site qui a toujours été dans ce quartier populaire", avec des étudiants venant aussi de milieux populaires.
La cité portuaire, confrontée depuis des décennies au trafic de drogue, fait face depuis le début de l'année à une vague de règlement de compte. Plus d'une quarantaine de personnes ont été tuées cette année dans les guerres de territoires entre trafiquants, la procureure évoquant un "bain de sang".
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