L'Azerbaïdjan parviendra-t-il à jeter le Haut-Karabakh aux oubliettes de l'Histoire ? C'est en tout cas la volonté d'Ilham Aliyev, son président. Une semaine après avoir mis la main sur cette enclave arménienne, le dirigeant a entamé les grandes manœuvres. Cette petite république séparatiste, qui se vide de ses habitants, a annoncé ce jeudi 28 septembre sa dissolution prochaine.
Le dirigeant de l'enclave, Samvel Chakhramanian, a lui-même affirmé que "la République du Nagorny Karabakh (Artsakh) cesse son existence" au 1er janvier prochain, avec la fin "de toutes les institutions gouvernementales et organisations". Un coup dur pour l'Arménie qui, depuis 30 ans et la fin du bloc soviétique, a soutenu ce territoire. Jeudi, le Premier ministre Nikol Pachinian a accusé l'Azerbaïdjan de mener un "nettoyage ethnique", en estimant qu'il n'y aurait plus d'Arméniens dans la région "dans les prochains jours".
Les chiffres semblent, pour l'heure, donner raison au dirigeant. Les autorités arméniennes ont fait état de l'arrivée de plus de 65.000 réfugiés, soit plus de la moitié de la population, qui compte officiellement environ 120.000 personnes. Combien d'entre eux quitteront ces prochaines heures le territoire ? Difficile à dire. Seule certitude : la situation sur place demeure tendue. Notamment à la frontière où, selon Nikol Pachinian, "l’Azerbaïdjan procède à des arrestations illégales de personnes". Rouben Vardanian, un homme d'affaires qui a dirigé le Nagorny Karabakh de novembre 2022 à février dernier, a également été placé en détention.
Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, s'était dit prêt à accueillir 40.000 réfugiés dans son pays de 2,9 millions d'habitants. Problème : le gouvernement n'a pu loger pour l'heure que 2850 personnes, ce qui laisse présager d'une crise humanitaire. Cette dernière a déjà pris forme à la frontière : première étape pour ceux qui fuient les nouveaux maitres des lieux, la ville de Goris est méconnaissable. Des centaines de voitures encombrent ses rues et des hélicoptères survolent la zone.
"Il y a des milliers de réfugiés hébergés à Goris en ce moment. Donner un chiffre exact est impossible, ils vont et viennent", a raconté Irina Yolian, adjointe au maire de Goris. Souvent, la plupart n'ont que le strict nécessaire, certains arrivant à pied. Et pour cause : le Nagorny Karabakh, soumis au blocus de l'Azerbaïdjan depuis des mois, manque de tout. Ces derniers jours, les réfugiés disent les avoir passés chez eux, sans oser sortir, se nourrissant de réserves.
Pour certains, cette nouvelle crise ravive celles du passé. L'Arménie et l'Azerbaïdjan, deux anciennes républiques soviétiques, se sont affrontées militairement au Nagorny Karabakh de 1988 à 1994 (30.000 morts) et à l'automne 2020 (6500 morts). Lors de la première guerre, d'importants massacres de civils avaient eu lieu. Samedi, les forces azerbaïdjanaises ont notamment reconquis la ville de Khojali, où des centaines de personnes avaient été tuées au début des années 1990 lors de sa prise par les séparatistes arméniens.
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