Brûler ma mère

Nishanth Injam - The Atlantic - 23/09
J’ai balayé ses restes dans l’herbe et je ne croyais toujours pas qu’elle était vraiment morte.

Les trains ne finissent jamais. Je les vois passer depuis la fenêtre de ma chambre. Trains de marchandises de différentes longueurs. Je n’avais pas suffisamment réfléchi au bruit lorsque j’avais loué dans la banlieue de Chicago un logement juste derrière la voie ferrée. D'une certaine manière, j'ai dû aimer l'idée de vivre dans une maison chargée du sentiment que le temps s'écoulait, les heures de ma vie marquées par le passage de chaque train, disparues à jamais. Mais bien entendu, la réalité est différente. Les trains sont bruyants ; ils arrivent trop souvent. Quand je dors, ils ne sont pas seulement derrière le bâtiment ; ils se rapprochent de plus en plus, ils traversent les murs, ils s'écrasent sur ma poitrine.

Et forcément, je me réveille en pensant à ma mère décédée. Elle me manque terriblement et réveille mon enfance. J'ai grandi en Inde, à Khammam, une ville pleine de souvenirs malheureux. Nous vivions dans un petit appartement à quatre heures et demie de tous les bons hôpitaux de l'État. Ma mère était souvent malade et mes parents et moi montions fréquemment à bord des trains pour aller en ville pour nous faire soigner. J'ai adoré les trains. Ils m'ont permis l'illusion de la vitesse ; Je me sentais comme un cheval de course : bientôt, d’un moment à l’autre, notre famille se mettrait au galop et nous nous retrouverions soudainement en bonne santé et sans dettes.

Des années plus tard, j’ai cherché à y parvenir en déménageant aux États-Unis. J’ai contracté un prêt à taux d’intérêt élevé et j’ai obtenu une maîtrise en informatique pour pouvoir trouver un emploi. Je paierais nos factures, je m’occuperais de la santé de ma mère, puis je m’attaquerais à des problèmes comme la faim dans le monde et le changement climatique. Comme beaucoup d’immigrants, j’ai troqué mon domicile contre la possibilité d’envoyer de l’argent chez moi. J'ai perdu ce qui me semblait être tout mon être.

Les soirs après le travail, je me tenais sur les rives du lac Michigan et j'aurais aimé pouvoir me noyer dans ces eaux. Je ne pouvais pas quitter l’Amérique, j’avais des prêts à payer, alor...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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