"Les pollens d'ambroisie n'ont pas dit leur dernier mot". Selon le Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA), le risque d'allergie à cette plante invasive devenue la bête noire des médecins reste élevé dans 11 départements, de l'Indre à la Drôme ce vendredi 15 septembre.
Si le pic pollinique a toujours lieu en septembre et provoque des rhinites, des conjonctivites, des trachéites et éventuellement de l’asthme, les fortes chaleurs de ce début de mois de septembre ont favorisé la floraison. Conséquence : les quantités de pollens dans l'air atteignent des records.
En témoigne l'exemple de Roussillon, en Isère, où le capteur du RNSA a capté 2000 grains de pollens par mètre cube, du jamais vu depuis 2011 selon le réseau de surveillance. Ou celui de Berrias-et-Casteljau, en Ardèche, où le capteur du RNSA a capté 2600 grains de pollens en une semaine. "D'habitude, 1000 c'est déjà beaucoup", commente Samuel Monnier, ingénieur auprès de Francebleu, soulignant que le nombre de signalements en ligne a, lui aussi, augmenté. Le site signalement-ambroisie.atlasante.fr, a ainsi enregistré 8000 signalements cette année environ pour la région, contre 6200 en 2022.
En Auvergne Rhône Alpes, particulièrement touchée par ce fléau, l'arrivée massive des pollens a eu lieu le 11 août cette année. Les départements les plus concernés sont le Rhône, l'Ain, la Drôme, l'Isère. D'autres départements appelés "zones de front", moins infestés, sont très surveillés comme la Haute-Loire, le Cantal, les Charentes ou la Côte-d'Or.
Rhinites, conjonctivites, démangeaisons... "Ce qui est typique de l'allergie à l'ambroisie c'est qu'elle génère beaucoup plus de risque d'asthme. On n'est pas sur un petit rhume des foins", explique Hervé Bertrand technicien santé environnement à l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes et référent régional sur l'ambroisie à l'AFP. Selon Daniela Muti, allergologue au CHU de Clermont-Ferrand, son pollen "même à des concentrations faibles, donne des symptômes importants". La qualité de vie est très dégradée, jusqu’à mettre la vie des patients asthmatiques en danger si rien n’est fait. À tel point que des campagnes d'arrachage sont organisées au printemps jusqu'à fin juillet, avant floraison, et que des arrêtés préfectoraux rendent obligatoire sa destruction.
En moyenne, 10% de la population est allergique dans les zones infestées mais ce pourcentage peut atteindre plus de 25%, selon Hervé Bertrand. Or, le nombre de personnes allergiques pourrait encore croître avec l'augmentation de CO2 dans l'atmosphère, jusqu'à 10 millions à l'horizon 2041-2060, selon les scientifiques.
Originaire d’Amérique du Nord, cette plante a été importée en France avec des semences au 19ᵉ siècle. Alors que sa dispersion dans l’environnement est favorisée par les activités humaines, comme l'agriculture, elle gagne chaque année de nouveaux départements. Les spécialistes de Fredon France qui œuvre depuis fin 2018 à informer les acteurs franciliens sur les enjeux sanitaires et agricoles liés à l'ambroisie ont ainsi repéré des foyers agricoles aux portes de l'Île-de-France, laissant peu de doute sur le fait que Paris sera concernée d'ici peu.
Face au coût médical des allergies à l'ambroisie (entre 59 millions et 186 millions d’euros par an), les spécialistes redoutent un "problème de santé publique" majeur dans les prochaines années. Au centre de leurs inquiétudes : le réchauffement climatique. Sous l'effet des températures élevées et de la sécheresse, les plantes augmentent leur production de pollens par un mécanisme de défense, pour ne pas mourir.
Sur lemême thème