Ils connaissaient tous son passé de braqueur multirécidiviste et avaient tous en tête son évasion de 2013 avec prise d’otages et explosifs à Lille Sequedin. Pourtant, ce 1er juillet 2018, tous les surveillants pénitentiaires de la prison de Réau, ont été "surpris" par le scénario que jouent sous leurs yeux Rédoine Faïd et ses complices, avec fumigènes, disqueuse, armes et hélicoptère, comme ils en ont témoigné ce jeudi devant la cour d'assises de Paris.
Cet événement était-il prévisible ? Oui, selon la direction de l'établissement qui avait alerté sur ce "détenu modèle" mais aussi "très intelligent".
Première à témoigner en visioconférence, Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau, a rencontré Redoine Faïd, alors à l'isolement et surveillé en permanence, à l'occasion de sept ou huit audiences dans l'établissement. "Il se comportait très correctement. C'est un homme très intelligent qui souffrait de ne pas échanger avec les autres", a-t-elle expliqué ce jeudi au sujet du détenu à l'isolement.
Leslie, officier pénitentiaire, décrit ce détenu particulièrement surveillé comme "très agréable, très poli, qu'il ne s'énervait jamais". " Vous aviez dit qu'il aimait discuter, faire le beau", a rappelé la présidente au témoin ce jeudi à l'audience. "Oui, il aimait plaisanter", a répondu la femme à la barre en face d'elle.
Même le jour de son évasion, le détenu n'a manifesté aucun stress, aucun énervement. Cette scène s'est passée "dans le calme", "sans menace, sans insulte, sans cri", ont répété successivement les surveillants appelés à témoigner à la barre ce jeudi. "On n’entendait que l’hélicoptère", s'est remémoré l’un d’eux.
La direction de Réau avait pourtant senti le vent tourner. Quelques mois avant l'évasion, elle avait en effet remarqué la présence répétée de drones au-dessus de la prison, avec une intensification en février 2018. "Il est quasi certain que cette porte (celle de l’évasion) a été repérée par des drones. Rédoine Faid ne pouvait pas connaitre l'existence de cette porte parce qu'il ne passait pas par là", a assuré l'ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau.
Dans un rapport du 3 mai 2018, la direction de la prison a aussi alerté la direction de l'administration pénitentiaire du risque d'évasion. "Actuellement la personne détenue Faïd Redoine est trop calme, trop gentille, trop respectueuse mais en parallèle, elle a déjà repéré toutes les failles de la structure et elle la connaît trop bien maintenant. Nous savons par expérience que celle-ci est extrêmement dangereuse et que c'est juste une question de temps, que seule, elle, connaît, pour tenter une évasion qui sera extrêmement violente où nos personnels seront fortement exposés", pouvait-on lire.
À l'audience ce jeudi, l'ancienne adjointe au directeur de Réau a confirmé que Rédoine Faïd dans la prison "regardait tout", qu'il "repérait l'absence de caméra à certains endroits, les angles morts sur d'autres". L’avocat général lui a alors rappelé qu’elle avait décrit Rédoine Faïd un peu plus tôt comme un "détenu modèle". "Le calme n'est jamais rassurant chez un DPS (détenu particulièrement signalé)", a-t-elle réagi.
La demande pressante de transfèrement formulée en mai 2018 par la direction de la prison de Réau obtiendra une réponse positive de la hiérarchie mais avec un transfèrement du détenu Rédoine Faïd… deux mois plus tard. "Un transfert en septembre parait trop tardif. Nous prenons des risques graves de troubles à l'ordre public et pour le personnel pénitentiaire", avait alors insisté la direction de Reau qui souhaitait un transfert immédiat. L'administration pénitentiaire accorde finalement un transfèrement en juillet. Trop tard, le 1er juillet 2018, Rédoine Faïd se fait la belle.
La veille de son évasion, le braqueur multirécidiviste avait lancé par la fenêtre à un codéten...
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