C’est l’histoire d’une folle intuition. Dans la loge maquillage de 16 ou presque, son tout premier film, Tristan Séguéla observe Laurent Lafitte et se met en tête qu’il serait l’interprète idéal de Bernard Tapie à l’écran. Nous sommes alors en 2012 et il faudra plus d’une décennie pour que voit le jour la série en sept épisodes qui débarque ce mercredi sur Netflix. Une aventure qui a débuté par un non catégorique, malgré la proximité de l’homme d’affaires avec le père du cinéaste, le publicitaire Jacques Séguéla.
"À l’époque, j’ai demandé à ce que Bernard Tapie me reçoive pour l’informer du projet, ce qu’il a très gentiment accepté", raconte Tristan Séguéla à TF1info. "Il m’a dit qu’il n’était pas d’accord et je lui ai répondu que j’allais quand même essayer de le faire, en lui disant que s’il y avait bien une chose qui m’inspirait chez lui, c’est de ne pas écouter ceux qui vous disent non. Donc je ne me suis pas couché."
On voulait raconter le personnage de l’intérieur. D’où il partait et ce qu’il avait dû affronter pour atteindre ses objectifs
Le scénariste Olivier Demangel
Malgré le refus de l'ancien ministre de la Ville de François Mitterrand, Tristan Séguéla se lance dans l’écriture avec Olivier Demangel, le futur scénariste de Novembre de Cédric Jimenez et de Tirailleurs avec Omar Sy. "Le but n’était pas de montrer Tapie comme un escroc absolu et de faire un biopic choc", précise l’intéressé. "Mais nous n’avions pas l’intention non plus d’en faire un ange, qui a failli sauver le pays et qu’un complot politico-financier a fait tomber. On voulait raconter le personnage de l’intérieur. D’où il partait et ce qu’il avait dû affronter pour atteindre ses objectifs."
Verdict ? Une minisérie magistrale qui revisite sans temps mort trois décennies de l’Histoire de France, des années 1960 où ce fils d’ouvrier CGT tente de percer dans la chanson, à sa condamnation dans l’affaire du match truqué entre l’OM et Valenciennes en 1993. Entre les deux, des amours, des faillites, des ambitions et des scandales qui ont rythmé l’actualité et donné naissance à un mythe bien de chez nous. La reconstitution de plusieurs épisodes clés comme le débat télé face à Jean-Marie Le Pen est bluffante. Mais c’est bel et bien sa dimension humaine qui donne à Tapie toute sa force et sa singularité.
Grâce à la performance jubilatoire de Laurent Lafitte, Tristan Séguéla et Olivier Demangel dressent le portrait d’un homme insaisissable, à la fois charismatique et ridicule, visionnaire et pathétique. Mais toujours attachant dans sa volonté de dépasser sa condition sociale. Après visionnage des sept épisodes, on peut toutefois comprendre les réserves émises par la famille Tapie ces derniers mois. Non seulement parce qu'elle n’a pas été associée au projet qui n’a définitivement rien d’une hagiographie. Mais aussi parce que le duo a pris de nombreuses libertés avec la vie privée de son personnage.
"On s’est inspiré de beaucoup de déclarations que Bernard a faites sur son enfance, sur son passé", précise Olivier Demangel. "Des choses qu’il a lui-même racontées ou qui ont été racontées dans ses biographies. Ou qu’on a pu pressentir dans des reportages d’archives qui ont été faits sur lui. Et puis après, il y a une grande part de fiction, d’invention. Avec l’ambition de donner un sens à tout ça", assume le scénariste qui donne en exemple les discussions symboliques, mais fantasmées, entre "le père ouvrier communiste et le fils qui incarne le libéralisme à l’américaine".
Chaque épisode de la série est d’ailleurs précédé d’un panneau dans lequel on peut lire que "le rôle joué par l’entourage, et notamment le personnage de Dominique, les situations de vie privée et les dialogues sont fictionnels". Une démarche nécessaire pour se prémunir d’éventuelles poursuites dans les prochains jours de la part de la veuve de l'homme d'affaires, jouée à l'écran par Joséphine Japy ? En avril dernier, Dominique Tapie a publiquement exprimé sa colère et rappelé l'opposit...
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