Il n'en était pas à sa première évasion et les autorités, qui se méfiaient encore de lui, l'avaient transféré en novembre 2017 de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) à celle de Réau (Seine-Marne) pour éviter toute nouvelle récidive. Pourtant, après sa cavale en 1998 suite à son premier braquage, après son évasion à l'explosif de la maison d'arrêt de Lille-Sequedin en 2013, Rédoine Faïd réussissait une nouvelle fois à se faire la belle à l'été 2018, quittant la prison à bord d'un hélicoptère.
Celui qui avait été condamné quelques mois plus tôt à 25 ans de réclusion criminelle pour un braquage raté en 2010 qui avait coûté la vie à la policière municipale Aurélie Fouquet, doit comparaître à partir de ce mardi 5 septembre et jusqu'au 20 octobre devant la cour d'assises de Paris pour ces faits. 11 accusés doivent comparaître aux côtés du braqueur multirécidiviste, parmi lesquels l'un de ses frères, Rachid Faïd, et deux de ses neveux. Retour sur cette spectaculaire évasion qui a duré moins de 10 minutes et sur la fin d'une cavale qui aura duré trois mois.
Le 1er juillet 2018, à 11h18, un hélicoptère se posait dans la cour d'honneur du centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne). Un fumigène était lancé par l'un des passagers pour obstruer la vision du seul mirador utile à la surveillance.
Deux hommes cagoulés, lourdement armés et porteurs de tenues de commandos, sortaient alors de l'appareil. Un autre restait à bord aux côtés du pilote. À 11h21, l'un des malfaiteurs découpait la serrure d'une porte à la meuleuse thermique pendant que son acolyte faisait le guet. Après avoir parcouru un couloir, il découpait deux autres portes puis une troisième : celle d'un parloir où se trouvait alors Rédoine Faïd en compagnie de son frère Brahim.
À 11h28, le braqueur quittait la prison à bord de l'hélicoptère avec ses trois complices et le pilote. Brahim Faïd restait, lui, au sol.
Pris en otage par ses ravisseurs, le pilote Stéphane Buy se posait peu après, à leur demande, sur un petit chemin attenant à la RD370, à la hauteur de Gonesse (Val-d'Oise). Après l'avoir libéré et tenté d'incendier l'hélicoptère, les quatre hommes prenaient la fuite à bord d'une voiture conduite par un autre individu. Elle sera retrouvée incendiée à 12h30 sur le parking aérien d'un centre commercial d'Aulnay-sous-Bois, tandis que les malfaiteurs poursuivaient leur route à bord, cette fois, d'un véhicule signé Enedis. Leur trace était définitivement perdue le 1ᵉʳ juillet à 12h11.
Pris en charge par les secours "choqué" et "désorienté", Stéphane Buy était entendu rapidement par les enquêteurs. Il leur expliquait avoir déjà volé avec deux des hommes présents dans l'hélicoptère. Ces derniers s'étaient en effet présentés à lui comme étant les "Lepetit" père et fils. Après le décollage le 1er juillet, ils avaient demandé au pilote de s'arrêter à hauteur de Tournant-en-Brie-Mormant (Seine-et-Marne) prétextant une envie pressante. Là, Stéphane Buy était frappé à plusieurs reprises par les individus armés, mis à genoux, et des menaces étaient proférées à l'encontre de sa famille. Les deux kidnappeurs indiquaient au pilote qu'ils allaient aller chercher quelqu'un en prison. Une nouvelle halte était faite avant, dans le secteur de Lésigny. Là, un troisième complice, lui aussi cagoulés et lourdement armés, était monté dans l'appareil. Stéphane Buy était à nouveau frappé et menacé après que l'hélicoptère eut refusé de démarrer. Il finirait par décoller, direction la prison.
Le 9 juillet, un peu plus d'une semaine après l'évasion, un chasseur découvrait dans la forêt d'Halatte, à Creil, une pelle, une pioche, deux kalachnikovs, des chargeurs, des gilets pare-balles siglés police et... la meuleuse thermique orange utilisée pour l'évasion de Réau. Les empreintes ADN de Rédoine Faïd, de son frère Rachid et de deux de leurs neveux, Haroune et Ishaac, seront relevées sur ces trouvailles.
Le 24 juillet, des gendarmes qui patrouillaient à Piscop, non loin de Sarcelles dans le Val-d'Oise, s'inquiétaient de la présence d'une Renault Laguna grise stationnée, un homme au volant, et un autre à côté. Alors qu'ils s'approchaient, le véhicule et ses occupants prennaient la fuite. La Laguna sera retrouvé...
[Courte citation de 8% de l'article original]