Un parfum riche flotte au sixième étage du Musée d’Art Moderne, où est en cours l’installation de l’enquête en grande tenue d’Ed Ruscha « Now Then ». On le sent avant de le voir : une pièce où les murs blancs deviennent brun velouté. Une salle de chocolat.
La famille McPherson, vêtue de leurs T-shirts de la compagnie La Paloma Fine Arts, s'active autour de leur plate-forme. Edan McPherson plonge une longue raclette dans une mare de chocolat fondu, passe la lame en caoutchouc sur les mailles grossières. Son fils, Daniel, emporte les tirages, tandis que sa sœur Robyn donne du papier neuf. Son épouse, Lynda, et sa fille, Kayla, surveillent les bains-marie de chocolat en réserve. Les séchoirs se remplissent, deux dixièmes de livre de chocolat noir recouvrant chaque feuille. Une fois le chocolat pris, ils découperont et accrocheront chaque impression, du sol au plafond, comme les bardeaux d’une maison d’artisan.
« Chocolate Room » est une bizarrerie dans l’œuvre influente de Ruscha. Parmi les centaines de projets de ce natif du Nebraska âgé de 85 ans – peintures, gravures et livres photo ; éloges secs de l'Americana comme les canettes de SPAM, les stations Mobil et les toits noirs à deux voies – « Chocolate Room » est sa seule installation. Il n’a été montré que sept fois depuis sa création en 1970, et jamais auparavant à New York.
Pourtant, « Chocolate Room » est pour autant un remarquable concentré de la sensibilité de Ruscha : un humour crayeux, un bon courage, une tristesse américaine, un existentialisme qui repose sur des objets de la culture pop, comme le chocolat ordinaire.
Christophe Cherix, conservateur en chef des estampes et dessins du MoMA, l’a qualifié de « presque mythique ». Vous lisez cela, vous entendez parler des insectes, de l’odeur.
La « Chocolate Room » est peut-être restée une légende, mais en 1995, les conservatrices Ann Goldstein et Anne Rorimer l'ont présentée dans une étude sur l'art conceptuel au Museum of Contemporary Art...
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