Fabrice Cressonnier est le doyen de l'entreprise La Brosserie française. Mais après 37 ans à superviser la fabrication de brosses à dents, l'heure est venue pour lui de raccrocher. "J'aime bien mon métier. Mais bon, on arrive à un certain âge et il faut passer la main", confie-t-il au 20H de TF1, dans le reportage en tête de cet article. Sa retraite, Fabrice l'attendait. Il avait prévu de franchir les portes de l'entreprise pour la dernière fois le 1er octobre, mais entre-temps, la réforme est passée par là. "Comme la loi commence au 1er septembre, c'est reculé encore de trois mois pour aller jusqu'au 1er janvier 2024", résume-t-il.
Un report qui coûte cher à son employeur, car la direction avait déjà pris ses dispositions pour le remplacer à son poste de cadre. Et se retrouve donc avec un salaire supplémentaire à verser jusqu'en décembre. "On avait déjà commencé à programmer son départ avec la montée en puissance de trois collaborateurs", développe Olivier Remoissonnet, le dirigeant de l'entreprise.
Malgré ce contre-temps, Fabrice pourra bien partir en retraite. Mais du traitement de son dossier au versement de sa pension, l'administration sera-t-elle opérationnelle à partir de ce vendredi 1er septembre, date de l'entrée en vigueur de la réforme ?
Dans une plateforme téléphonique de Bretagne où nos journalistes ont filmé, on reçoit plus de 800 appels par jour. "Ça sonne du matin au soir. (...) Les journées sont assez denses", indique Cindy Hanrio, technicienne relation service. Et pour cause : déjà avant la réforme, des erreurs se glissaient en moyenne dans un dossier de retraite sur sept. Et avec tous les nouveaux décrets, les conseillers doivent redoubler d'attention.
"Il peut y avoir des cotisations dans la carrière qui vont être prises en compte maintenant qui ne l'étaient pas avant. Il faut vraiment avoir une vigilance qui va peut-être nous demander un peu plus de temps par dossier", explique Evelyne Duault, une conseillère.
La caisse de Bretagne l'assure néanmoins : la majorité des dossiers sera prête en septembre. Sera-ce le cas partout en France ? Probablement pas, car ailleurs sur le territoire, tous les conseillers n'ont pas été formés. Et certaines carrières particulières vont nécessiter davantage de temps de traitement.
"La réforme a créé beaucoup de nouveaux droits liés à la carrière, pour les femmes, pour les contrats aidés des années 80-90... Quand l'information est assez facilement disponible, ce sera prêt courant novembre", assure Renaud Villard, président de la Caisse nationale d'assurance vieillesse. Pour les dossiers incomplets, en revanche, la mise en place pourrait intervenir plus tard encore.
Alors pour tenir le rythme, les caisses de retraite ont embauché 300 personnes en 2023. Mais pour les syndicats, ce nombre est insuffisant. Florence Puget, secrétaire nationale CFDT protection sociale au travail, estime ainsi que certains de ces conseillers "ne seront pas opérationnels tout de suite", notamment parce qu'ils ont été embauchés trop tard.
Pour rappel, les premières pensions concernées par la réforme doivent être versées le 9 octobre. Mais en cette fin août, 20.000 dossiers n'ont pas encore été traités, soit un tiers des demandes.
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