Donald Trump avait choisi de snober ce premier débat entre candidats à l'investiture républicaine en vue de la présidentielle de 2024. Cette absence a eu un effet indirect inattendu : la poussée dans les sondages de Vivek Ramaswamy, le plus jeune et le moins connu des huit concurrents qui s'affrontaient le 23 août dernier à Milwaukee, dans le Wisconsin. Le candidat de 38 ans, quasi-débutant en politique, talonne désormais le chevronné Ron de Santis, gouverneur de Floride, même si l'un et l'autre sont très loin d'atteindre la popularité de Donald Trump dans leur camp.
Celui qui se présente comme une version rajeunie de l'ancien président, parfois surnommé "Trump 2.0", a été systématiquement ciblé par les autres candidats, par pur calcul tactique. En effet, (loin) derrière Donald Trump, c'est Ron de Santis qui est le favori de la course à l'investiture républicaine. S'attaquer à l'inoffensif Ramaswamy, comme l'ont fait les poids lourds que sont Chris Christie, Nikki Haley ou Mike Pence, c'était ignorer volontairement le gouverneur de Floride.
Cet objectif a été atteint, puisque de l'avis de plusieurs observateurs politiques américains, ce dernier a été littéralement invisibilisé à Milwaukee – même si cette stratégie le laisse aussi indemne de toute critique. En revanche, l'outsider de 38 ans, homme d'affaires et nouveau venu en politique, a fait beaucoup mieux que se défendre.
"Dieu est réel ; il y a deux genres ; la prospérité humaine nécessite des combustibles fossiles ; le racisme inversé est du racisme"... Ce ne sont que les quatre premiers des dix crédos égrenés par Vivek Ramaswamy lors de sa profession de foi, en clôture du débat de Milwaukee. S'il est jeune et plutôt avenant, il est aussi porteur d'un message particulièrement radical, qui le positionne très à droite de la scène politique américaine. Né à Cincinnati, dans l'Ohio, en 1985, il est le fils d'un ingénieur et d'une psychiatre originaires de l'État indien du Kerala. Vivek est hindou, comme ses parents. La légende veut que ce soit son professeur de piano, un chrétien, qui lui a transmis son idéologie très conservatrice.
Un temps proche du parti Libertarien, qui prêche un interventionnisme minimal de l'État et fait passer la liberté individuelle avant tout, Ramaswamy s'est surtout consacré à ses affaires, en fondant l'entreprise de biotechnologie Roivant. Il n'a pas voté lors des élections de 2008, 2012, ni 2016, mais l'a fait en 2020, en faveur de Donald Trump. Il n'a quitté son poste de PDG de Roivant qu'en 2020, et son conseil d'administration en février 2023, pour se consacrer à sa campagne électorale. Celle-ci est principalement financée par sa fortune personnelle, estimée à près de 1 milliard de dollars. L'homme est marié à une docteure en médecine, rencontrée à l'époque où tous deux étudiaient à Yale, et le couple a deux jeunes garçons.
Le changement climatique est un canular
Vivek Ramaswamy
Les positions qu'il affiche sur de nombreux sujets sont plus radicales que celles de Donald Trump, et beaucoup moins ambiguës. La stratégie agressive de ses adversaires lors du débat du 23 août lui a donné autant d'occasions de les marteler. Il estime ainsi que le "changement climatique est un canular", promet de couper les financements à l'Ukraine pour les réaffecter à la protection des frontières américaines, veut fermer le ministère de l'Éducation, et appelle à brûler du charbon sans états d'âme. Il pilonne régulièrement la laïcité et exalte la civilisation "judéo-chrétienne", pour essayer de s'attirer les faveurs de la droite chrétienne conservatrice, pour laquelle sa confession hindoue pourrait être rédhibitoire.
Les électeurs républicains semblent apprécier : au surlendemain du débat, il atteignait les 11% des intentions de vote pour les primaires. Sa courbe dans les sondages, ascendante depuis son entrée en campagne, se détache maintenant nettement de celui avec qui il était côte à côte depuis un mois, l'ancien vice-président Mike Pence. Mieux, elle pourrait bientôt croiser celle de l'outsider n°1 de Trump, le gouverneur De Santis, qui n'en finit pas de chuter, dégringolant jusqu'à 14% d'intentions de vote.
Les cinq autres candidats plafonnent à 5%, tandis que Donald Trump plane loin au-dessus de la mêlée avec 58%. Signe qu'il vient d'émerger des profondeurs où sont englués tous les prétendants don...
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