Comment appelle-t-on une personne qui est centrale, indispensable au bon fonctionnement de votre famille, sans pour autant y être liée par le sang ? Et comment décrivez-vous le chagrin lorsque cette personne est partie ?
Carmen Ayala était pour nous cette personne indispensable. Pendant 24 ans, elle a pris soin de ma tante, Adele Halperin, qui ne pouvait pas prendre soin d'elle-même. Ma tante est décédée le 7 mai, alors que je terminais un long reportage sur elle pour ce magazine. Et le 19 juillet, soit à peine deux jours après que le numéro ait été expédié à l'imprimeur, dix semaines seulement après le décès d'Adele, Carmen est décédée elle aussi.
À mon grand étonnement, j’ai été plus bouleversé par la mort de Carmen que par celle de ma propre tante. Voilà une femme qui avait aimé Adèle comme si elle était la sienne, la sortant du cortex fragile du traumatisme, lui redonnant pleine dignité et humanité. Ma famille, pensais-je, aurait besoin d’années pour exprimer pleinement notre gratitude, et j’avais bêtement compté sur elle, même si Carmen avait 81 ans et était en mauvaise santé. Elle semblait trop infatigable, trop indomptable pour faire quelque chose d'aussi banal que mourir. Que son cœur puisse un jour céder m'a paru à la fois impossible et indécent : Carmen était définie par son cœur.
L'histoire : En 1953, à seulement 21 mois, ma tante est devenue pupille de l'État de New York, non pas par cruauté mais par coutume : elle avait une déficience intellectuelle et développementale, et à cett...
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