Il est l'une des légendes vivantes de son sport. À la fois buteur, créateur et finisseur, chantre de l'élégance et de l'efficacité, Dan Carter a laissé une trace unique dans le rugby. Ouvreur de génie, auteur de 1598 points en 112 sélections sous le maillot à la fougère (le meilleur total, tous pays confondus), 400 de plus que son compère anglais Jonny Wilkinson (1179 points), l'ancien maître à jouer des All Blacks a tout gagné. Grâce à sa science du jeu aiguisée, le mythique numéro 10, élu trois fois meilleur joueur du monde (2005, 2012 et 2015), a soulevé par deux fois le trophée Webb Ellis, en 2011 et 2015.
Des victoires qu'il a bâties dans l'adversité. Huit ans après la sortie de son autobiographie, "The Perfect 10", retiré des terrains depuis 2021, livre les clés qui lui ont permis d'atteindre individuellement et collectivement le succès. Une méthode en dix points qu'il dévoile dans un ouvrage intitulé L'art de vaincre, à paraître le 23 août aux éditions Marabout. TF1info est allé, fin juin, à la rencontre de l'ex-rugbyman néo-Zélandais, champion de France avec Perpignan (2009) et le Racing 92 (2016), dans un luxueux hôtel de la capitale. L'occasion pour lui de nous expliquer pourquoi les grands leaders sont faits, et non pas nés.
Je me suis demandé : de quoi suis-je le plus fier ?
Dan Carter, légendaire ouvreur des All Blacks
Après le succès de votre autobiographie en 2015, vous êtes de retour en libraires avec L'Art de vaincre (The Art of Winning, en VO). Dans ce livre, vous révélez les fondements de votre réussite. D'où vous est venue l'envie de les partager ?
Dan Carter : J'ai pris ma retraite il y a deux ans et demi, et je travaille sur ce livre depuis deux ans. J'ai voulu utiliser ce processus de redécouverte, qu'offre l'écriture, pour passer d'un chapitre de ma vie, celui de rugbyman, à un autre chapitre fait d'inconnues, avec tout le questionnement - qui suis-je ? ; où vais-je ?... - que cela engendre. C'était un défi pour moi. Pendant 18 ans, j'ai été Dan Carter, le joueur de rugby. Quand on vous enlève ça, c'est fini. Et je m'estime heureux d'avoir eu une longue carrière. Quand tout s'est arrêté, j'ai dû trouver ce qui allait me pousser à me lever de mon lit chaque matin. C'était une petite perte d'identité. Je ne voulais pas me laisser définir par mon passé, mes exploits et par le fait que j'ai été rugbyman.
J'ai donc voulu documenter cette introspection, ce qui donne au final un ouvrage très différent de mon autobiographie. Si vous recherchez de vieilles histoires de vestiaires, il n'y a rien de tout ça ici. Ce livre traite davantage de leadership. J'y consigne dix leçons que j'ai apprises en jouant au rugby professionnel pendant près de 20 ans. Il y est notamment question de résilience. Lorsque vous subissez des déceptions, des échecs, des blessures, comment vous comportez-vous sous pression, que ce soit dans le sport ou dans les affaires ? Grâce à certains outils que j'ai acquis en cours de route, j'ai pu comprendre l'importance d'avoir une culture inclusive et diversifiée, qui est l'essence même des All Blacks. Ces leçons, j'ai voulu les partager au plus grand nombre. Elles s'adressent à toute personne en quête de la meilleure version d'elle-même.
Vous êtes l'un des meilleurs rugbymen de tous les temps. Vous êtes considéré, à juste titre, comme un modèle pour les nouvelles générations. Estimez-vous qu'il est de votre devoir de les soutenir, de les aider ?
Oui, je le crois sincèrement. Quand je me retourne sur ma carrière, ce que j'ai vraiment pu faire une fois que j'ai arrêté de jouer, je me suis demandé : "De quoi suis-je le plus fier ?" Et j'ai vite réalisé que ce n'était pas d'avoir soulevé la Coupe du monde, que j'ai eu la chance de gagner deux fois. Ce n'était pas non plus le titre de joueur World Rugby de l'année. J'ai repensé à l'époque où j'étais enfant. J'étais un petit garçon de la campagne, qui avait des modèles, des gens que j'admirais et qui m'ont inspiré. Grâce à eux, j'ai pu mener mon propre cheminement personnel et réalisé mon rêve de jouer pour les All Blacks.
Ce dont je suis le plus fier aujourd'hui, c'est d'avoir pu et de pouvoir inspirer à mon tour les jeunes générations. Qu'il s'agisse d'une jeune fille ou d'un jeune garçon, qui rêve de devenir un joueur de rugby comme je l'ai été, pompier ou policier. Peu importe ce qu'ils souhaitent faire de leurs vies. Ce livre a vocation à les stimuler, les encourager à vivre leurs rêves à fond.
La personne que je suis est le résultat des enseignements que j'ai pu tirer de mes échecs
Dan Carter, légendaire ouvreur des All Blacks
Le leadership, le sacrifice, la résilience.....
[Courte citation de 8% de l'article original]