ROME EN ATTENTE DIX FICHIERS POUR PUBLI - Avanti Fellini!

François-Guillaume Lorrain - LePoint - 26/06
Dans les pas pressés de son double, Marcello Mastroianni – lui-même à la poursuite de l’idéal féminin –, le cinéaste n’a eu de cesse de reconstruire la Ville éternelle en dédale irréel.

Au début de Huit et demi (1963), Marcello Mastroianni, double de Federico Fellini, à la recherche d'un sujet de film, est empêtré dans un embouteillage monstre aux portes de Rome. Il est en panne. Cauchemar dont il s'échappe en faisant un rêve. Celui de se faufiler par le toit de sa voiture, de filer dans les airs et de surplomber Rome. C'était le rêve de Fellini. Dominer la Ville éternelle, l'embrasser tout entière, être comme ce Christ en croix ouvrant La Dolce Vita (1960), Messie moderne revenu pour annoncer l'Apocalypse. Suspendu au filin d'un hélicoptère, il survole l'EUR, l'îlot d'architecture fasciste du sud-ouest, puis les immeubles modernes du quartier de Don Bosco, avant d'arriver à l'ouest en vue de la basilique Saint-Pierre.

Si l'on commence par cette voiture prise au piège, c'est que Fellini passait des heures à conduire dans Rome en quête d'inspiration : «  C'est à la voiture, à la macchina, au mouvement, au fait d'être enfermé dans un petit bureau errant que je dois mes émotions, les premières apparitions de ­personnages ou de sentiments.  » Au début de La Dolce Vita, Marcello patrouille lui aussi dans un ­hélicoptère. Il suit le Christ comme il suivra Anita Ekberg, en service commandé. Mais, quand il vient à survoler des femmes en Bikini qui bronzent sur un toit, fini Jésus, il ne songe plus qu'à obtenir leur numéro de téléphone. L'homme, qui aspire à ­s'élever, n'est qu'un homme, soumis à l'attraction fatale des femmes, de la vie, de la terre, trinité plus séduisante. Dès la scène suivante, Marcello a rechuté dans son quotidien dérisoire de journaliste ­carburant au scoop, en maraude dans un cabaret chic.

Un chaos surréaliste. Un dédale de perditions et d'illuminations. Voilà ce que Rome fut pour Fellini, provincial de Rimini monté à la capitale en 1938, à 18 ans, pour placer ses dessins dans la revue Marc'Aurelio. Dans Fellini Roma (1972), cette grosse dinde farcie de scènes hétéroclites dans laquelle il essaya d'étreindre sa ville d'adoption, on voit son alter ego, jeune homme, débarquer à la gare de Termini au temps de la splendeur fasciste. «  Ville africaine  », se souviendra Federico. Il est aussitôt happé par la foule, les cris, les trognes, les odeurs, Jonas avalé par la baleine. Ville des masques, des lunettes noires, des faux-semblants, Rome est un spectacle permanent. Et le film Roma sera le spectacle de ce spectacle décadent tandis que son Satyricon en sera le versant festif et antique. Dans Roma, un autre embouteillage, apocalyptique, sur la rocade, le Grande Raccordo Anulare, où des tifosi du Napoli slaloment parmi des carcasses de veau sanguinolentes. Une trattoria, via Albalonga, où les Romains, paï...
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