Putsch au Niger : "Nous n'avons pas à obéir à un régime qui n'est pas considéré comme légitime"

LCI - 04/08
[VIDÉO] - Les putschistes au Niger ont annoncé jeudi dénoncer plusieurs accords militaires conclus avec la France. Quelles pourraient être les conséquences de cette décision ? Y a-t-il un risque de déstabilisation de toute la région du Sahel ? Nous avons interrogé le colonel Michel Goya, consultant pour LCI.

Les putschistes au Niger ont annoncé jeudi dénoncer plusieurs accords militaires conclus avec la France.
Quelles pourraient être les conséquences de cette décision ? Y a-t-il un risque de déstabilisation de toute la région du Sahel ?
Nous avons interrogé le colonel Michel Goya, consultant pour LCI.

Une décision unilatérale vivement critiquée par la France. Les putschistes à l'origine de la crise qui secoue le Niger ont déclaré jeudi soir dénoncer plusieurs accords militaires conclus avec Paris, concernant les 1500 militaires français présents dans le pays dans le cadre de la lutte antidjihadiste au Sahel. Une annonce à laquelle le Quai d'Orsay a réagi ce vendredi, rappelant que ces accords avaient été "conclus avec les autorités nigériennes légitimes", qui sont "les seules que la France, comme l'ensemble de la communauté internationale, reconnaît".

Le colonel Michel Goya, consultant militaire pour LCI, analyse ce que signifie la fin des accords militaires pour la France et pour les pays voisins du Niger.

La junte nigérienne peut-elle décider seule de la rupture de ces accords de coopération militaire ?

En droit, pas forcément puisque cette junte n’est toujours pas reconnue comme légitime, et nous n'avons pas à obéir à un régime qui n’est pas considéré comme légitime. Mais de fait, si la situation s’installe, comme cela a été le cas au Mali, nous serons peut-être obligés de considérer que ces accords ne peuvent plus s’appliquer. J’ajoute que même s’il n’y avait pas de dénonciation des accords, avec une junte qui s'installe et qui est hostile, on ne voit pas très bien comment la coopération pourrait fonctionner.

Tout a été assez rapide. Alors qu'il a fallu plusieurs mois à la junte malienne et à la junte burkinabé pour dénoncer la coopération militaire, cette fois cela s'est fait en quelques jours. Le paradoxe étant que c’était certainement l’armée nigérienne qui était la plus proche, qui travaillait le mieux ou qui avait le plus de liens avec l’armée française.

Il semble y avoir une fuite en avant de la junte. À moins que ce coup d’État ne se dégonfle soudainement, ce qui paraît difficile, je ne vois pas comment on pourrait continuer à travailler sereinement avec les forces nigériennes.

Quelles pourraient être les conséquences pour la France d'une telle décision ?

Sans les accords militaires, je ne vois pas très bien comment on pourrait conserver une base militaire importante. La France serait sans doute obligée de transférer ses forces ailleurs, au Tchad certainement, ou en Côte d’Ivoire ou au Sénégal. Mais dans tous les cas de figure, cette présence militaire française au Niger est en danger.

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Existe-t-il un risque de déstabilisation de toute la région du Sahel ?

Le risque est évidemment très important. La France exerçait directement ou indirectement, en coopération avec l’armée nigérienne, contre les organisations djihadistes. Si nous disparaissons, on se retrouve avec une situation comme ce qui est en train de se passer au Mali par exemple, où l'on assiste à une dégradation considérable de la situation par les organisations djihadistes. Ensuite, à plus long terme peut-être, le risque est que la menace se diffuse aussi dans d’autres pays : les pays du golfe de Guinée en particulier, dont la Côte d’Ivoire ou le Sénégal.

Julie BRINGER

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