« J’ai travaillé jusqu’à la fin de ma grossesse » : les témoignages de travailleurs surexploités

Humanite - 26/07
Depuis bientôt un mois, vingt et un travailleurs sans papiers de la communauté Emmaüs de la Halte Saint-Jean, dans le Nord, sont en grève. Ils dénoncent des pratiques qui s’apparentent à de l’esclavage moderne. Une enquête a été ouverte par le parquet de Lille pour travail dissimulé et traite d’êtres humains.

Cinq ans pour rien. C’est ce à quoi se résument, pour Happy Patrick, 26 ans, les années passées à travailler à la Halte Saint-Jean, un des dépôts d’Emmaüs situé à Saint-André-Lez-Lille (Nord). Originaire du Nigeria, cette mère de famille fait partie des vingt et un grévistes qui, depuis bientôt un mois, manifestent devant la haute bâtisse de brique rouge qui fait office de lieu de travail et d’hébergement.

Comme elle, tous sont sans papiers. Sous les chapiteaux de la CGT installés devant les grilles du dépôt, ces travailleurs dénoncent l’exploitation dont ils disent être victimes depuis des années, documents et photos à l’appui. Du mardi au samedi, de 8 heures à 17 heures, ils trient et remettent à neuf les dons déposés par les particuliers, avant de les vendre dans les magasins qui dépendent du dépôt géré depuis 1995 par la directrice Anne Saingier. Pour des semaines de 40 heures de travail, une allocation de 300 euros leur est versée chaque mois, dont ils doivent retrancher 100 à 150 euros de «  redevance » pour le loyer.

Pressions constantes pour travailler, sous la menace d’être expulsée de la communauté

«  Ici, tu n’as pas le droit de t’arrêter, j’ai travaillé jusqu’au dernier jour de ma grossesse »...
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