De possibles purges des voix dissidentes en Russie sont régulièrement évoquées par les experts. Depuis la tentative de rébellion du groupe de mercenaires Wagner et son chef de file Evgueni Prigojine, fin juin, le Kremlin semble avoir entamé un nouveau processus de nettoyage parmi les opposants à Vladimir Poutine. Nouvel épisode ce vendredi 21 juillet, avec l'arrestation et le placement en détention provisoire du blogueur ultra-nationaliste Igor Guirkine. L'homme de 52 ans est accusé d'"extrémisme" par la justice russe.
En cause ? Des propos tenus sur la messagerie cryptée Telegram, très utilisée des militants dissidents en Russie. Sur son compte, Igor Guirkine paraissait mardi dernier s'en prendre à Vladimir Poutine, qualifiant implicitement le président russe de "minable". Il avait ensuite ajouté que la Russie ne supporterait plus "six années de plus de ce lâche au pouvoir". Derrière ses déclarations, qui est vraiment Igor Guirkine ? Retour en cinq points sur le parcours du militant ultranationaliste.
Le compte Telegram d'Igor Guirkine est suivi par 875.000 abonnés. Une audience importante, qui observe depuis des mois les discours anti-Poutine distillés par le blogueur dans ses différents posts. Reprochant au président russe et à son commandement militaire la stratégie de l'armée du Kremlin en Ukraine pour son manque d'efficacité, il estimait l'été dernier que "les Ukrainiens [avaient] déjà gagné la guerre".
Au début du mois, dans une autre publication datée du 5 juillet, le militant critiquait de nouveau les mesures prises sur le front ukrainien par l'état-major russe. "Le Kremlin attend toujours : 'Quand nos partenaires se tourneront-ils vers nous avec une proposition de trêve ?', écrit ironiquement Igor Guirkine. Tout comme Napoléon en 1812, au lieu de prendre des mesures adéquates, a attendu désespérément et avec découragement les négociateurs de Saint-Pétersbourg." Il n'hésite pas, non plus, à donner son avis divergent sur d'autres points plus techniques de l'offensive russe.
Igor Guirkine, avant d'être devenu un opposant à Vladimir Poutine, a connu une longue carrière dans l'armée russe. Il a d'abord été colonel du FSB, les services de renseignement russe, avant de prendre part à la guerre civile dans l'est de l'Ukraine au printemps 2014. Il coordonne alors les milices pro-russes, devenant du même coup le chef de la rébellion séparatiste dans la région de Sloviansk, dans l'est du pays. Il devient ensuite ministre de la Défense de la république autoproclamée de Donetsk.
Il exerce alors sa brutalité dans la région, apposant sa signature sur de nombreuses condamnations à mort, s'appuyant en fait sur un règlement datant de l'Union soviétique de 1941 pour justifier ses décisions. Outre son indifférence au respect des droits de l'homme, sa popularité grandissante et son implication dans l'affaire du vol MH17 (voir ci-dessous) ont conduit à son éviction, vraisemblablement ordonnée par le Kremlin. Dans des circonstances troubles, il quitte donc son poste et l'Ukraine à la fin du mois d'août 2014. Revenu en Russie, il avait perdu toute influence jusqu'à l'invasion ukrainienne de février 2022, qui lui permit de revenir sur le devant de la scène.
Féru d'histoire, Igor Guirkine cultive une vision impériale de la Russie. Il apparaît d'ailleurs costumé sur plusieurs photos de reconstitutions de batailles historiques. Nostalgique de l'époque des tsars, il met en garde contre "les ennemis de la Russie". Après l'éviction de son poste dans l'est de l'Ukraine, il déplorait dans une interview au Figaro l'action des journalistes occidentaux comme celle des "représentants de pays inamicaux de l'Otan".
Igor Guirkine a la réputation d'un va-t-en-guerre : il est d'ailleurs surnommé Igor "Strelkov", un mot proche du terme "tireur' en russe. Malgré tout, il est resté à distance de la rébellion armée du groupe Wagner à la fin du mois de juin. Il avait condamné la rébellion, mettant en cause dans le même temps les services de sécurité russes pour ne pas l'avoir anticipée.