Il commence à se faire un nom en Ukraine. Demain, il pourrait bien faire basculer la guerre. Son nom ? Le "Trembita". Un nom loin d'avoir été choisi au hasard. Il désigne, en effet, jusqu'ici un instrument traditionnel couramment utilisé par les Houtsoules, une population ukrainienne vivant dans les montagnes de l'ouest du pays. L'armée de Kiev compte beaucoup sur ce Trembita, encore en phase de test. En Ukraine, certains parlent même déjà du "missile du peuple".
"On ne peut pas compter éternellement sur nos partenaires occidentaux (...), ceci est un exemple de ce que l'Ukraine met en place pour consolider sa défense", juge Yuriy Sak, conseiller du ministère ukrainien de la Défense, cité par le Guardian. Une fois les tests achevés, Kiev entend produire au moins un millier d'unités chaque mois. Un objectif ambitieux mais logique, puisque la construction de ce missile Trembita est extrêmement bon marché. Selon ses concepteurs, 3000 euros sont nécessaires pour construire le missile. Il faut, ensuite, une enveloppe de 7000 euros pour équiper cette arme "artisanale" d'un système de navigation moderne. Soit 100 à 200 fois moins que pour construire un Kinjal ou Kalibr russe.
Avec une portée maximale de 140 km et une vitesse de pointe de 400 km/h, le Trembita ne boxe pas du tout dans la même catégorie que ces super-missiles russes. Pourtant, il pourrait avoir un effet dévastateur sur l'armée russe. En effet, l'idée des Ukrainiens est d'envoyer ces missiles "par groupe de 20 ou 30, pas tous munis d'explosif, mais très bruyant afin d'effrayer l'ennemi". Un point que Kiev espère remplir grâce au bruit infernal produit par ce missile artisanal : pas moins de 100 dB lorsqu'il est en vol. Lorsqu'il est armé, le missile peut transporter jusqu'à 25 kg d'explosif et être utilisé via une catapulte ou un lanceur dédié.
Selon les ingénieurs à la base de ce projet, le Trembita sera utilisé pour s'attaquer à "des équipements de défenses aériennes, des entrepôts d'armements et des lieux de rassemblements de soldats", indiquaient-ils en mai dernier sur Facebook. Dans le même temps, ce missile sera "facilement reconnu par les radars ennemis comme une cible prioritaire", à cause de ses matériaux de fortune. "Les forces d'occupation seront obligées d'épuiser leurs moyens anti-aériens en abattant les Trembita bon marché, avec leurs missiles anti-aériens, relativement couteux", prédisent les concepteurs.
Une analyse partagée par le général Dominique Trinquand, sur LCI. L'ancien chef de la mission militaire française à l'ONU salue "une bonne tactique". "Les Russes l'emploient, avec les Shahed. Dans la défense antiaérienne, vous allez du canon de 20 mm - voire même de la kalachnikov - jusqu'aux missiles qui coutent un million de dollars", rappelle-t-il.
Et pour cause, lorsqu'un belligérant inonde de missiles ou de drones son adversaire, il fait "paniquer le système de défense" ennemi. "Plus vous aurez de chances de voir être utilisés des missiles antiaériens extrêmement chers pour détruire un missile ou un drone pas cher du tout", détaille le militaire.
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