Grigny, ville symbole des banlieues, se situe à 20 kilomètres de Paris. C’est dans cette commune de l'Essonne que se situe le quartier sensible de la "Grande Borne". Depuis le 27 juin, des violences urbaines ont éclaté ici suite à la mort de Nahel, adolescent de 17 ans tué par un policier. Depuis cette date, le maire de Grigny Philippe Rio fait tous les soirs des patrouilles. "Le cessez-le-feu, il est fragile", confie-t-il dans le reportage en tête de l’article.
Cette surveillance des bâtiments publics et des écoles est menée tous les jours par des élus et des riverains de la commune. Pour ce maire communiste : "Nos territoires sont des volcans. C'est-à-dire que la colère gronde, la colère existe, les souffrances sont silencieuses et puis parfois, il y a une éruption. L'ambiance est bien pourrie partout".
À Grigny, presque un habitant sur deux vit sous le seuil de pauvreté. La semaine dernière, il y a eu dans la ville des voitures brûlées, des poubelles incendiées et des affrontements avec la police. Aujourd’hui, on retrouve encore par terre des traces de mortiers et de feux d'artifice. Malgré de nombreux heurts, Grigny n'est pas tombée dans l'extrême violence envers les élus.
Nous, on fait tout pour que ça s'arrête parce que c'est nous qui vivons dans ces quartiers
Brahim, père de famille
Au cœur de la "Grande Borne", ce sont les parents qui sont en première ligne. Brahim habite depuis 20 ans dans cette ville. Ce père de famille a une formation d'agent de sécurité. Comme un habitant sur quatre à Grigny, il cherche du travail. En attendant, tous les soirs, il veille bénévolement sur les bâtiments publics.
Brahim n’hésite pas à expliquer la situation à ses deux jeunes enfants. Il dénonce les agissements des casseurs : "Il y a d’autres moyens d'expression. Tu peux manifester, faire une marche, te mettre en collectif. Il y a des lois pour pouvoir le faire. Mais, aller brûler un bus ou aller brûler une école ? Je ne vois pas l’utilité".
Le père de famille ne cache pas son inquiétude. "Par rapport à 2005, je sens que c’est plus violent. C’est plus colérique, c’est plus contestataire. Il y en a qui veulent que ça continue comme ça. Nous, on fait tout pour que ça s'arrête parce que c'est nous qui vivons dans ces quartiers. C'est nous qui au quotidien voyons les bus brulés et pas de bus pendant tout le week-end. Alors qu’on sait qu’ici presque personne n’a de voiture", raconte Brahim.
En 2005, la ville de Grigny avait été un des épicentres de la crise des banlieues. Des policiers avaient été visés par balles réelles. En quinze ans, près de 350 millions d'euros ont été investis pour réhabiliter des logements dans la ville.
Depuis les événements de 2005, la mairie a investi en priorité dans l'éducation et l'accompagnement des jeunes. Des investissements ont par exemple été réalisés dans les salles de sports, comme celle où exerce un entraineur de boxe. Surnommé Rambo, il accompagne quotidiennement des dizaines de jeunes. À Grigny, un élève sur deux sort de l'école sans diplôme.
Un suivi sportif bénéfique, comme l’explique l'un des membres de l’association Universelle Grigny Boxe Découverte : "Les sportifs comme nous, souvent, on ne traîne pas. On a d'autres choses à faire, comme s'entraîner. C’est ça notre obsession, on n’a pas besoin de plus", affirme le jeune homme. Pour la coordinatrice de l’association sportive, Yacine Diabaté, l’entraineur Rambo est une boussole pour de nombreux jeunes. "J'ai des gamins qui sont complètement déscolarisés et quand je demande à l’entraineur de les prendre, il les prend. Les collèges et lycées du secteur lui demandent de faire un petit relais avec des enfants qui risquent de se faire renvoyer définitivement. Et, il les reprend et il les encadre", raconte-t-elle.
Pour améliorer la qualité de vie des jeunes à Grigny, d'autres mesures ont été prises dès le plus jeune âge. Toutes les écoles maternelles de la ville servent désormais avant les cours un petit-déjeuner gratuit. Alors qu'une famille sur trois se nourrit dans la commune grâce aux banques alimentaires, le résultat en classe est sans appel. "Il y a une amélioration de l'attention. Et, puis les enfants prennent plaisir à avoir des petits déjeuners complets qui dénotent un petit peu de ce qu'ils peuvent trouver à la maison", souligne la directrice d'école Claire Poinard.
La France est malade. Il n’y a pas que les banlieues
Maire de Grigny, Philippe Rio
Alors que certains redoutent de nouvelles violences urbaines, plusieurs habitants n’hésitent pas à distribuer des tra...
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