Ne l'appelez pas ghosteur –«c'est péjoratif»– ni même autrement d'ailleurs. Son comportement n'est pas à ranger dans une case, il agit ainsi, c'est tout. «Ce n'est ni par méchanceté ni par cynisme, c'est plus complexe», jure-t-il, en se triturant les doigts. Lucas a 30 ans. Designer coloriste en région parisienne, il a pourtant tout du ghosteur: sans complexe, il efface certaines personnes de son quotidien, temporairement ou définitivement, en amour comme en amitié.
«Je dirais que je prends des temps de pause, se justifie-t-il. Je n'ai pas l'impression d'annuler brutalement des gens, j'y vois plutôt surtout une sorte de recul salutaire pour moi.» Ses victimes sont à trouver du côté de sa vie affective. Il n'a «pas le temps» pour l'amour, celui qu'on dit «vrai», alors il consomme les relations, la chair et les personnes, puis il disparaît. Rien de choquant. «C'est une sorte de deal implicite quand on est sur les applis ou qu'on chope en soirée», sourit-il.
Mais depuis peu, il se surprend à rendre à l'état de fantôme certaines de ses relations amicales. «Ça m'a étonné moi-même...
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