Pour Barbara Stiegler, « La phase terminale du néolibéralisme est nécessairement violente »

Humanite - 17/06
Depuis quelques années, elle a décidé de prendre parti. La philosophe Barbara Stiegler analyse les fondements idéologiques de la réforme des retraites et revient sur le traitement médiatique des intellectuels qui décident de s’engager dans le combat social. Entretien

Un jour, Barbara Stiegler a décidé de quitter le confort trompeur de son bureau universitaire pour descendre dans la rue, revêtue d’un gilet jaune. C’était en 2019, alors que la France bouillonnait d’une rage trop longtemps contenue. À l’époque, la chercheuse regardait les luttes sociales sans y prendre part, et fuyait la sur- exposition médiatique. Depuis, elle s’est lancée dans plusieurs batailles politiques (dont les deux réformes Macron des retraites), qu’elle n’hésite plus à poursuivre sur les plateaux de télévision.

«Nous devons faire la pédagogie de la réforme des retraites», nous ont répété en boucle les macronistes au cours des derniers mois. Dans vos travaux, vous n’êtes pas tendre avec ce concept de «pédagogie», selon lequel il faudrait rééduquer le peuple pour le faire adhérer aux dogmes du marché. Que pensez-vous du discours macroniste sur le sujet ?

Une chose est sûre : ce discours ne fonctionne plus ! Pendant des années, les «experts» néolibéraux ont bénéficié d’un certain crédit auprès de l’opinion, mais cela n’est plus le cas. Selon moi, cette crise de légitimité s’est installée à partir de 2005, au moment du débat sur le traité constitutionnel européen (TCE) qui visait à constitutionnaliser la compétition économique entre les économies nationales : pendant de...
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