La Palme d’or 2023 de la discorde ? Si personne n’est venu contester le triomphe d’Anatomie d’une chute, l’un des meilleurs films du 76ᵉ Festival du Cannes, on ne peut pas en dire autant du discours de Justine Triet. Alors qu’elle venait de recevoir son prix des mains de l’icône hollywoodienne Jane Fond, la réalisatrice a profité de la tribune qui lui était donnée pour délivrer un discours politique auquel on ne s'attendait pas.
Devant plus de 3 millions de téléspectateurs en direct sur France 2, cette figure de proue du nouveau cinéma français a dénoncé la manière dont le gouvernement avait nié "de façon choquante" les protestations contre la réforme des retraites. Elle s'est également inquiétée de la "marchandisation de la culture que le gouvernement néolibéral défend". Une menace, selon elle, à l’exception culturelle dont elle a bénéficié depuis le début de sa carrière. Pour revoir ce discours choc, c’est par ici…
Justine Triet était encore en train de poser avec sa Palme d’or lorsque la ministre de la Culture Rima Abdul-Malak a réagi sur Twitter. Si elle se félicite de la dixième Palme française de l’Histoire, elle se dit "estomaquée" par un discours qu’elle qualifie d’injuste, un terme imagé inhabituel de la part d’un responsable politique.
Heureuse de voir la Palme d’or décernée à Justine Triet, la 10ème pour la France ! Mais estomaquée par son discours si injuste. Ce film n’aurait pu voir le jour sans notre modèle français de financement du cinéma, qui permet une diversité unique au monde. Ne l’oublions pas. — Rima Abdul Malak (@RimaAbdulMalak) May 27, 2023
Quelques minutes plus tard, Justine Triet prend connaissance du tweet de la ministre par l’intermédiaire de notre confrère de BFMTV depuis la terrasse du Palais des Festivals. "Ah bon ? C’est bien !", réagit-il avec un brin d'ironie. "Je pense que c’est important de prendre la mesure des choses en ce moment. Je suis le produit de cette exception culturelle. J’ai 44 ans, j’ai bénéficié de cette chance. En ce moment, je suis touchée et ça m’intéresse beaucoup de savoir comment ça va se passer pour les jeunes qui arrivent".
Brillante dialoguiste, Justine Triet imaginait-elle que ses mots allaient être commentés, disséqués, voire détournés sur les réseaux sociaux et les plateaux de télé ? "Anatomie de l’ingratitude d’une profession que nous aidons tant… et d’un art que nous aimons tant", regrette le ministre délégué à l’Industrie Roland Lescure, dans la foulée de sa collègue de la Culture. "Il est peut-être temps d’arrêter de distribuer autant d’aides à ceux qui n’ont aucune conscience de ce qu’ils coûtent aux contribuables", estime pour sa part Guillaume Kasbarian, le président Renaissance de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée.
À gauche, c’est bien simple, tout le monde s’y met, une unanimité rappelant les premières heures de la NUPES. Reprenant les mots de Rima Abdul-Malak, le patron du PS Olivier Faure se dit "estomaqué de voir une ministre de la Culture qui pense que quand on finance un film, on achète la conscience de ses auteurs". "Six mois que toute la France conteste. Six mois que nous subissons la volonté d’un seul. Merci madame de garder la nuque raide", renchérit son homologue d’EELV Marine Tondelier.
"Marchandisation des corps, Marchandisation de la culture, Bravo à Justine Triet pour sa Palme d'or et son discours qui frappe si juste", lâche pour sa part Fabien Roussel du PCF. "Merci à Justine Triet pour son courage en plus de son talent. Cannes revient à sa tradition. C'est la gauche résistante qui a créé ce festival", lance enfin Jean-Luc Mélenchon. Une référence au Grand prix attribué en 1946 lors de la première édition au film de René Clément, La Bataille du Rail, qui exaltait la Résistance française.
Au lendemain de son coup éclat, Justine Triet est sollicitée par la quasi-totalité des médias français. Mais elle refuse de s’exprimer davantage, laissant parler pour elle un cliché pris sur la Croisette par Martin Colombet, le photographe de Libération. Clope au bec, la Palme sous le bras… L’image génère une avalanche de likes et n’en finit plus d’être repartagée sur les réseaux sociaux.
"Ce portrait est l’inverse des photos ennuyeuses des lauréats avec leur prix en main", explique son auteur sur le site du quotidien. "Je pense surtout que son discours très fort et politique, mêlé à la forte médiatisation du festival, ont formé une caisse de résonance énorme autour de son image. Il y a aussi la cigarette, devenue transgressive dans nos sociétés policées, et bien sûr la classe et la liberté de Justine Triet".
On pense alors la polémique retombée ? Rima Abdul-Malak remet une pièce dans la machine en se rendant lundi soir sur le plateau de Quotidien. Interrogée par Yann Barthès, la ministre de la Culture explique qu’elle était dans son salon au moment du fameux discours.
"J’écoute ces mots de marchandisation de la...
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