Il fend l'armure. Littéralement. À 29 ans, Gaël Fickou va vivre sa troisième Coupe du monde de rugby, chez lui, en France. Pour l'occasion, le vice-capitaine du XV de France a choisi de sortir de son confort habituel. Référence mondiale au poste de centre, le trois-quarts centre du Racing 92, qui a grandi dans un quartier populaire de La Seyne-sur-Mer, dans le Var, au sein de la cité Berthe, se livre sans fard dans une autobiographie intitulée Derrière l'armure, parue début mai aux éditions Solar.
Plus jeune international de l'histoire à étrenner le maillot frappé du Coq (en 2013, à 18 ans et 11 mois), le Bleu en activité le plus capé (79 sélections, 14 essais) raconte son parcours singulier. Un parcours de vie qui a enseigné la tolérance au colosse - discret mais solaire - d'1,90 mètre pour 100 kilos. À 100 jours très exactement du coup d'envoi de la Coupe du monde, le 8 septembre avec le match d'ouverture contre la Nouvelle-Zélande (à 21h, en direct sur TF1, MYTF1 et en live commenté sur TF1info), le patron de la défense tricolore fait une déclaration d'amour à la France, "à qui (il) doit tout".
Ma double culture franco-sénégalaise est ma grande force
Gaël Fickou, trois-quarts centre du XV de France
Il est rare pour un sportif de publier son autobiographie lorsqu'il est encore en activité. Vous avez pris le contrepied, à 29 ans, en couchant sur papier votre parcours atypique. Pourquoi vous êtes-vous dévoilé si tôt ?
Gaël Fickou : Je ne pensais pas un jour raconter mon histoire, et encore moins l'écrire. Max (Maxime Raulin, journaliste à L'Équipe et co-auteur, ndlr), avec qui je m'entends très bien, m'a contacté pour faire ce livre. Lors de nos échanges, je lui ai dit que je ne me sentais pas légitime, mais il m'a répondu que j'avais tort, que mon parcours de vie méritait d'être raconté et que le grand public aimerait sûrement savoir qui je suis. Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu'un de très discret. Personne ne connaît le vrai Gaël, mis à part mes proches. Il m'a convaincu que ce serait intéressant de retracer mon histoire, dire d'où je viens, comment je me suis construit et quelles sont les valeurs qui m'animent. C'est comme ça que tout a commencé.
Vous l'avez dit, on ne sait presque rien de vous. Vous ne vous épanchez ni dans les médias ni sur les réseaux sociaux. Pour ce livre, vous vous révélez sous votre vrai jour sur plusieurs centaines de pages. Était-ce compliqué ?
Ce n'est jamais simple de parler de soi. Raconter mon histoire, ça a fait remonter énormément d'émotions, de souvenirs. Il y a plein de choses que j'avais oubliées. Max, que je connais très bien, a su me mettre à l'aise. On s'est vu une dizaine de fois, plusieurs heures à chaque fois. J'ai pris beaucoup de plaisir à me replonger dans mon passé et à raconter qui se trouve "derrière l'armure". Dans ce livre, je ne parle pas que de rugby, ça n'aurait pas eu un grand intérêt. Je voulais qu'il y ait un côté social. Je voulais évoquer mes origines, ma double culture, la vie avec deux religions... C'était le but recherché.
Vous avez un parcours singulier. Vous avez grandi dans la cité Berthe, un quartier sensible de La Seyne-sur-Mer. Vous avez commencé le rugby sur le tard, à 13 ans. Comment le ballon ovale s'est-il imposé à vous ?
Quand j'étais gamin, j'étais à fond dans le foot. C'était mon sport de prédilection. Les mecs de mon quartier disaient que j'allais devenir footballeur professionnel. Mais j'ai tout arrêté avant que ça n'aille plus loin. Le déclic, ça a été de voir jouer mon grand frère, Jérémie. Le rugby m'a attiré. J'ai mis un pied dedans et, finalement, je n'en suis plus jamais sorti.
Dans le monde d'aujourd'hui, il est difficile pour les jeunes de trouver leur place. Vous l'avez fait, en revendiquant fièrement votre double culture franco-sénégalaise. En quoi cela vous a aidé à vous construire ?
La double culture franco-sénégalaise est ma grande force. Ça l'a été et ça l'est encore aujourd'hui. J'ai en moi une diversité, une ouverture d'esprit, qui m'a appris à m'adapter aux aléas de la vie. Le Sénégal est mon pays d'origine, c'est là où mon père (Sana) est né. J'ai du sang sénégalais qui coule dans mes veines, j'en suis fier. Même si je reste Français avant tout.
Dans cet ouvrage, on découvre notamment l'amour inconditionnel que vous portez à la France. Vous le déclamez votre attachement à votre pays à longueur de pages. Assumez-vous, haut...
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